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Gazette littéraire

Est si ce n'était qu'une folie ? (3)

 

 

Est-si ce n'était qu'une folie ? (3) feuilleton gazette littéraire la fin de l'euro

 

repères : thème du commerce : le feuilleton

 

Résumé : la petite république d'Hellénia vit le dimanche 29 avril 2012 un moment historique : elle propose un référendum sur le maintien du pays dans l'Union Européenne.

La campagne bat son plein. Un parti cristallisant le mécontentement de la classe politique classique surgit. Le PAM, le parti anti monétaire, propose la sortie de l'euro mais surtout l'abandon de toute monnaie avec l'adoption d'un régime basé sur le troc. Les résultats donnent le "Non" majoritaire. Le gouvernement démissionnant, des élections législatives doivent se tenir. Au soir du scrutin, la foule en liesse et dans la rue tandis qu'une partie de la population est frappée de stupeur et d'effroi...


***

 

La crise de confiance

Dès le lendemain des élections, il était clair que l’État n'arriverait plus à se financer auprès des marchés. Comment alors payer les fonctionnaires ? Les dettes de l'Héllénia étaient colossales. La sortie de l'euro les rendait immédiatement exigibles alors que le pays était dans l'impossibilité d'y faire face. Les réserves tirées des caisses permettaient de régler péniblement et partiellement les intérêts de la dette mais nullement le capital. Le pays allait donc se trouver dans une impasse totale. Déjà des situations quasi insurrectionnelles avaient lieu ça et là dans les rues et dans les commerces. La population faisait des réserves en stockant de tout, des produits alimentaires, des vêtements, de l'essence... Devant les établissements bancaires, une queue impressionnante se tenait à l'effet d'obtenir la restitution des dépôts. Devant l'affluence des demandes, les banques ne purent faire face. L’état avait bien tenté de donner une garantie. Mais lui-même avait perdu tout crédit sur le plan économique à l'échelle internationale. Une crise de confiance se fit jour et les organismes bancaires n'eurent pas d'autres choix que de mettre la clé sous la porte. Durant ces temps dramatiques, seuls les plus crédules ou les moins prévoyants furent touchés. Les plus avisés souvent fortunés avaient déjà vidé leurs comptes et préparé leurs valises pour un exil à durée indéterminée. Georgio Arripolos et sa famille avaient rejoint Athènes pour s'y installer temporairement. Il comptait avec son flair infaillible sur une faillite de ce régime archaïque à brève échéance. Mais ses prémonitions n'avaient pas toujours été très heureuses...

 

La campagne des élections législatives

Dans ce contexte tendu, il fallait au pays un gouvernement à même de régler cette crise sans précédent. La campagne des élections législatives s'ouvrit dans un climat de tension décuplée. Les partis de droite brandirent le spectre du chaos et de l'isolement. Les faits leur donnaient déjà raison. Mais allaient-ils pouvoir gagner les élections au Parlement ? Rien n'était moins sûr. Un vent de changement radical avait tourné les esprits...

Les partis de gauche poursuivirent leur logique de sortie de l'euro en tablant sur les nécessaires ajustements à réaliser pour l'établissement de leur nouvelle monnaie. La situation économique et sociale n'était de leur point de vue qu'une conséquence naturelle du choix des électeurs. Ils étaient convaincus de pouvoir y faire face. Pour redonner confiance au peuple, des débats essentiellement techniques avaient lieu partout ; ces discussions ne comprenaient que des chiffres et des raisonnements complexes. Ces sujets passablement rébarbatifs dépassèrent l'entendement de la population en attente d'autre chose du politique.

Le PAM, le Parti Anti Monétaire, avait, lui, parfaitement senti les nouvelles aspirations du peuple en quête de "réenchantement". Il sut trouver les mots rassurants et intelligibles pour tous. Quelle était la meilleure solution pour sortir de ce climat délétère ? Il répondait en se fondant sur la théorie de "l'encastrement" de l'économiste hongrois Karl Polanyi*. Pour ce dernier, l'économie avait été déconnectée de la société, l'autorégulation du marché prônée par le libéralisme économique s'était révélée une véritable utopie. Afin de mettre en phase l'économie avec la société, le PAM prônait la disparition pure et simple de la monnaie. Le troc devenait ainsi un véritable argument politique. Cette notion englobait le concept « d'échange à volume égal »**, qui permettait de troquer par exemple un panier de blé contre le même volume de fruits. Il s'agissait de repenser tout le système économique du pays. Les électeurs eurent devant eux une proposition politique généreuse et innovante qui tranchait avec les éternelles mesures drastiques des partis classiques...

Pour certains, cette réforme représentait l'unique moyen de sortir le pays de l'ornière dans laquelle il s'était plongé. Sofia Nastase se laissa convaincre et rejoint le cortège des troqueurs résolus dont faisait partie Alexis Grivas.

 

Une ère nouvelle

Quinze jours après le référendum, les élections législatives donnèrent au PAM la victoire à une majorité écrasante. C'est ainsi que le pays bascula dans une nouvelle ère, celle d'un nouveau mode d'échanges rompant avec le libéralisme lui-même grand triomphateur du socialisme économique. Une troisième voie s'était ouverte avec l'expérience unique des Hélléniens. Alexis Grivas eût le sentiment de participer à l'écriture d'une nouvelle page d'histoire. Il reporta toute son énergie à la mise en œuvre de ce programme inédit en prêtant son concours à la mise en place du troc dans son arrondissement. Il avait le sentiment de dispenser la bonne parole à une foule avide d'équité. Son zèle le fit grimper d'échelon en échelon pour parvenir à un poste de compétence au plan national.

De son côté, Sofia Nastase mit du temps à comprendre les techniques de l'échange juste, autre terminologie mise en œuvre par le parti au pouvoir... Elle ne pouvait s'empêcher de regretter sa paie en monnaie sonnante et trébuchante. Comme pour le passage de l'euro, époque où elle s'était sentie appauvrie par le nouveau cours, elle eut un pincement au cœur à la vue de son portefeuille désespérément vide. Et si tout cela était une folie ? pensa-t-elle dans son for intérieur. Réflexion tardive car déjà le pays se refermait sur lui-même.

 

*http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Polanyi

 

**http://www.ipeut.com/economie/economie-generale/109/du-troc-au-reseau-les-marches-81249.php

 

Repères à suivre : le feuilleton : dernière partie

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