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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Deux hussards par hasard ou nécessité

 

Deux hussards par hasard ou nécessité

 

Fabrice et Angelo : une piètre expérience militaire

(repères : thème de l'héritage : étude)

Après avoir vu le portrait moral des deux personnages, découvrons aujourd'hui  leur piètre expérience militaire. C'est sur ce terrain que l'œuvre de Giono rappelle clairement celle de Stendhal. Tous les deux endossent en effet le costume de hussard que ce soit par accident pour Fabrice ou par nécessité pour Angelo.

 

Ainsi, le premier, ainsi qu'on l'a vu précédemment, se voit appelé irrésistiblement à rejoindre les troupes napoléoniennes. C'est le passage le plus savoureux de l'œuvre puisqu'il arrive par hasard habillé en hussard, la veille de la bataille de Waterloo ; il n'aura de cesse d'obtenir l'assurance de ce qu'il s'agit bien d'une « véritable bataille » (page 96). Muni de cette information, notre jeune héros ne se tient plus de joie et galope fièrement sur le champ de bataille où règne la fureur des canons. Mais sa monture lui sera vite dérobée. Le voilà alors simple fantassin alors qu'il ne connaît rien à l'art de la guerre ; il n'a même pas de fusil qu'il ne sait au demeurant pas manier. Il n'en perd pourtant pas sa joie :

« Fabrice était tout joyeux. Enfin je vais me battre réellement, se disait-il, tuer un ennemi ! (...) Il lui vint une idée de chasseur ; il prit une cartouche dans sa giberne et en détacha la balle : si je le vois, dit-il, il ne faut pas que je le manque, et il fit couler cette seconde balle dans le canon de son fusil. Il entendit tirer deux coups de feu tout à côté de son arbre ; en même temps il vit un cavalier vêtu de bleu qui passait au galop devant lui, se dirigeant de sa droite à sa gauche. Il n’est pas à trois pas, se dit-il, mais à cette distance je suis sûr de mon coup, il suivit bien le cavalier du bout de son fusil et enfin pressa la détente ; le cavalier tomba avec son cheval. Notre héros se croyait à la chasse : il courut tout joyeux sur la pièce qu’il venait d’abattre. »  (page 106, livre 1, chapitre 4).

Drôle de combattant en effet que ce Fabrice del Dongo, anti-héros de ce point de vue, qui voit son destin compromis par la défaite des troupes napoléoniennes...

 

Le jeune Angelo Pardi, quant à lui, s'est vu offrir le brevet de colonel de hussard, charge acquise par sa mère. Il est obligé de quitter le Piémont après son duel avec un homme qui trahissait la cause des républicains ; il entend revenir dans son pays pour comploter.

Il n'a jamais connu la guerre ainsi qu'il l'est dit à plusieurs reprises avec notamment une simple référence à Waterloo (page 123). Cela ne l'empêche pas d'y penser, d'en rêver tout au long du roman :

« Il n'y avait presque pas d'étoiles, pas de vent et un grand silence. Pour une fois qu'Angelo jouait à la guerre avec des cavaliers vraiment ennemis il en profitait de toute son âme. Il pensait à la jeune femme comme à des chariots d'arrière-garde qu'il faut protéger à tout prix. »  (page 311)

Angelo en est réduit à s'imaginer la guerre, la cause de la liberté enivre son cœur à défaut de pouvoir passer à l'action sur le plan des armes.

Mais ces deux romans qui nous montrent des soldats de seconde catégorie sont avant tout des romans d'éducation...

 

repères à suivre : l'étude : deux romans d'apprentissage

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