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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Delenda Cartago est : sur les cendres de Carthage !

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repères : carnet de voyage : Tunisie

 

Les cendres de Carthage

Rappelons un événement marquant de l'Antiquité romaine, la destruction de Carthage en 146 avant Jésus-Christ à la suite de la troisième et dernière guerre punique.

 

 Florus (vers 70 -140) dans son abrégé d'histoire nous retrace les prémices de cette dernière guerre : « Le motif de celle-ci fut que les Carthaginois, contre les clauses du traité, avaient une fois envoyé une flotte et une armée contre les Numides, et souvent menacé les frontières de Massinissa. Les Romains protégeaient ce roi, leur fidèle allié. La guerre était à peine résolue, qu’on délibéra sur les mesures qui devaient la suivre. Il faut détruire Carthage ! tel était l’arrêt que prononçait Caton dans sa haine implacable, lors même qu’on prenait son avis sur un autre sujet. Scipion Nasica voulait qu’on la conservât, de peur que, délivrée de la crainte d’une ville rivale, Rome ne se laissât corrompre par la prospérité. Le sénat prit un terme moyen ; ce fut d’ordonner que la ville changerait seulement de place. Rien, en effet, ne paraissait plus beau que de voir Carthage subsister et n’être pas à craindre. »

Le changement de place impliquait la mise en cendres de la première...On jouait sur les mots !

Il vous est proposé de relire sous la plume de Chateaubriand les détails du siège de la ville. Précisons que la disparition de Carthage a constitué le premier acte « barbare » dans l'histoire.


***

 

"Scipion, l’Emilien, nommé consul par la faveur du peuple, eut ordre de continuer le siège de Carthage. Il surprit d’abord la ville basse, qui portait le nom de Mégaraou de Magara. Il voulut ensuite fermer le port extérieur au moyen d’une chaussée. Les Carthaginois ouvrirent une autre entrée à ce port et parurent en mer, au grand étonnement des Romains. Ils auraient pu brûler la flotte de Scipion ; mais l’heure de Carthage était venue, et le trouble s’était emparé des conseils de cette ville infortunée.

Elle fut défendue par un certain Asdrubal, homme cruel, qui commandait trente mille mercenaires et qui traitait les citoyens avec autant de rigueur que les ennemis. L’hiver s’étant passé dans les entreprises que j’ai décrites, Scipion attaqua au printemps le port intérieur appelé le Cothon.

Bientôt maître des murailles de ce port, il s’avança jusque dans la grande place de la ville. Trois rues s’ouvraient sur cette place et montaient en pente jusqu’à la citadelle connue sous le nom de Byrsa. Les habitants se défendirent dans les maisons de ces rues : Scipion fut obligé de les assiéger et de prendre chaque maison tour à tour. Ce combat dura six jours et six nuits. Une partie des soldats romains forçait les retraites des Carthaginois, tandis qu’une autre partie était occupée à tirer avec des crocs les corps entassés dans les maisons ou précipités dans les rues. Beaucoup de vivants furent jetés pêle-mêle dans les fossés avec les morts.

Le septième jour, des députés parurent en habits de suppliants ; ils se bornaient à demander la vie des citoyens réfugiés dans la citadelle. Scipion leur accorda leur demande, exceptant toutefois de cette grâce les déserteurs romains qui avaient passé du côté des Carthaginois. Cinquante mille personnes, hommes, femmes, enfants et vieillards, sortirent ainsi de Byrsa.

Au sommet de la citadelle s’élevait un temple consacré à Esculape. Les transfuges, au nombre de neuf cents, se retranchèrent dans ce temple. Asdrubal les commandait ; il avait avec lui sa femme et ses deux enfants. Cette troupe désespérée soutint quelque temps les efforts des Romains ; mais, chassée peu à peu des parvis du temple, elle se renferma dans le temple même. Alors Asdrubal, entraîné par l’amour de la vie, abandonnant secrètement ses compagnons d’infortune, sa femme et ses enfants, vint, un rameau d’olivier à la main, embrasser les genoux de Scipion. Scipion le fit aussitôt montrer aux transfuges. Ceux-ci, pleins de rage, mirent le feu au temple, en faisant contre Asdrubal d’horribles imprécations.

Comme les flammes commençaient à sortir de l’édifice, on vit paraître une femme couverte de ses plus beaux habits et tenant par la main deux enfants : c’était la femme d’Asdrubal. Elle promène ses regards sur les ennemis qui entouraient la citadelle, et reconnaissant Scipion : " Romain, s’écria-t-elle, je ne demande point au ciel qu’il exerce sur toi sa vengeance : tu ne fais que suivre les lois de la guerre ; mais puisses-tu, avec les divinités de mon pays, punir le perfide qui trahit sa femme, ses enfants, sa patrie et ses dieux ! Et toi, Asdrubal, Rome déjà prépare le châtiment de tes forfaits ! Indigne chef de Carthage, cours te faire traîner au char de ton vainqueur, tandis que ce feu va nous dérober, moi et mes enfants, à l’esclavage ! "

En achevant ces mots, elle égorge ses enfants, les jette dans les flammes, et s’y précipite après eux. Tous les transfuges imitent son exemple.

Ainsi périt la patrie de Didon, de Sophonisbe et d’Annibal. Florus veut que l’on juge de la grandeur du désastre par l’embrasement, qui dura dix-sept jours entiers. Scipion versa des pleurs sur le sort de Carthage. A l’aspect de l’incendie qui consumait cette ville naguère si florissante, il songea aux révolutions des empires, et prononça ces vers d’Homère en les appliquant aux destinées futures de Rome : " Un temps viendra où l’on verra périr et les sacrés murs d’Ilion, et le belliqueux Priam, et tout son peuple. " Corinthe fut détruite la même année que Carthage, et un enfant de Corinthe répéta, comme Scipion, un passage d’Homère, à la vue de sa patrie en cendres. Quel est donc cet homme que toute l’antiquité appelle à la chute des États et au spectacle des calamités des peuples, comme si rien ne pouvait être grand et tragique sans sa présence ; comme si toutes les douleurs humaines étaient sous la protection et sous l’empire du chantre d’Ilion et d’Hector !"


Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, Chateaubriand, Septième partie

Voyage de Tunis et retour en France

 

http://fr.wikisource.org/wiki/Itin%C3%A9raire_de_Paris_%C3%A0_J%C3%A9rusalem/Septi%C3%A8me_partie

 

  Repères à suivre : carnet : des nouvelles de Port Saïd

 

 

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