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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

De la dette publique (J.B Say)

De la dette publique (J.B Say)

 

Repères : thème de la finance : présentation

Les emprunts de l'Etat

Dans l'article précédent, nous avons pu lire sous la plume de Marx la critique de l'aristocratie financière qui tient en ses mains tous les pouvoirs. Il convient de trouver la cause de cette emprise qui, à l'épreuve de la crise que nous traversons, reste toujours d'une brûlante actualité : l'endettement des états.

Dans l'extrait qui vous est proposé, Jean-Baptiste Say économiste du début du XIXème siècle opère la distinction entre l'emprunt des particuliers et celui de l'État. Dans le dernier cas, l'emprunt est fait à fonds perdu et la charge du remboursement capital et intérêt repose sur...le contribuable.

Rien de nouveau sous le soleil...

***

"§ I. — Des Emprunts des gouvernemens, et de leurs effets généraux.

Il y a cette grande différence entre les particuliers qui empruntent et les gouvernemens qui empruntent, que le plus souvent les premiers cherchent à se procurer des fonds pour les faire valoir, pour les employer d’une manière productive ; tandis que les seconds n’empruntent ordinairement que pour dissiper sans retour le fonds qu’on leur a prêté. C’est afin de pourvoir à des besoins imprévus, et de repousser des périls imminens, qu’on fait des emprunts publics ; on accomplit, ou bien l’on n’accomplit pas son dessein ; mais, dans tous les cas, la somme empruntée est une valeur consommée et perdue, et le revenu public se trouve grevé des intérêts de ce capital.

Melon dit que les dettes d’un état sont des dettes de la main droite à la main gauche, dont le corps ne se trouve pas affaibli. Il se trompe : l’état se trouve affaibli en ce que le capital prêté au gouvernement, ayant été détruit par la consommation que le gouvernement en a faite, ne donnera plus à personne le profit, ou, si l’on veut, l’intérêt qu’il pouvait rapporter en sa qualité de fonds productif. Avec quoi l’état paie-t-il donc l’intérêt de sa dette ? Avec la portion d’un autre revenu qu’il transporte d’un contribuable au rentier.

Deux fonds productifs, deux revenus résultant de ces fonds, existaient avant l’emprunt ; savoir, le capital du prêteur, et le fonds quelconque d’où le contribuable tirait la portion du revenu qu’on va lui demander. Après l’emprunt, de ces deux fonds il ne reste qu’un, celui du contribuable, dont il ne peut plus employer le revenu à son usage, puisque le gouvernement est obligé de le lui demander sous la forme d’un impôt pour satisfaire le rentier. Le rentier n’y perd aucune portion de revenu, c’est le contribuable qui la perd.

Bien des gens, parce qu’ils ne voient point de perte de numéraire à la suite des emprunts publics, n’y voient point de perte de valeur, et s’imaginent qu’il en résulte seulement un déplacement de richesse. (...)"

 

Traité d'économie politique, JB SAY

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Say_-_Trait%C3%A9_d%E2%80%99%C3%A9conomie_politique.djvu/541

 

repères à suivre : présentation : la religion du capital (Lafargue)

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