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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

De l'utilité du commerce : l'exemple anglais (lettre sur le commerce, Voltaire)

 

l'utilité commerce

Repères : thème du commerce dans la littérature : présentation

La liberté du commerce

 Après avoir défini la notion de commerce, découvrons son utilité sous la plume d'un admirateur de la société anglaise : Voltaire.

Ce dernier met en avant le souffle dynamique du commerce anglais qui ne voit pas dans le négoce une compromission avec l'honneur comme en France à la même époque. Il nous démontre que la liberté du commerce entraîne un enrichissement des peuples et des nations.

Une autre ère

Par temps de crise économique, la lecture de cette célèbre lettre sur le commerce peut nous laisser songeur. On perçoit combien nous vivons une autre ère du commerce où la complexité des règles établissant le jeu de la concurrence n'est plus fondée sur la seule invocation du mot liberté.

Autres temps, autres mœurs...

***

"Le commerce, qui a enrichi les citoyens en Angleterre, a contribué à les rendre libres, et cette liberté a étendu le commerce à son tour ; de la s'est formée la grandeur de l'État. C'est le commerce qui a établi peu à peu les forces navales par qui les Anglais sont les maîtres des mers. Ils ont à présent près de deux cents vaisseaux de guerre. La postérité apprendra peut-être avec surprise qu'une petite île, qui n'a de soi-même qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre à foulon et de la laine grossière, est devenue par son commerce assez puissante pour envoyer, en 1723, trois flottes à la fois en trois extrémités du monde, l'une devant Gibraltar, conquise et conservée par ses armes, l'autre à Porto-Bello, pour ôter au roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, et la troisième dans la mer Baltique, pour empêcher les du Nord de se battre.

Quand Louis XIV faisait trembler l'Italie, et que ses armées déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont, étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l'Allemagne au secours du duc de Savoie ; il n'avait point d'argent, sans quoi on ne prend ni ne défend les villes ; il eut à des marchands anglais ; en une demi-heure de temps, on lui prêta cinquante millions. Avec cela il délivra Turin, battit les Français, et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet : "Messieurs, j'ai reçu votre argent, et je me flatte de l'avoir employé à votre satisfaction."

Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu'il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d'un pair du royaume ne dédaigne point le négoce. Milord Townshend, ministre d'État, a un frère qui se contente d'être marchand dans la Cité. Dans le temps que Oxford gouvernait l'Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d'où il ne voulut pas revenir, et où il est mort.

Cette coutume, qui pourtant commence trop à se passer, paraît monstrueuse à des Allemands entêtés de leurs quartiers ; ils ne sauraient concevoir que le fils d'un pair d'Angleterre ne soit qu'un riche et puissant bourgeois, au lieu qu'en Allemagne tout est prince ; on a vu jusqu'à trente altesses du même nom n'ayant pour tout bien que des armoiries et de l'orgueil.

En France est marquis qui veut ; et quiconque arrive à Paris du fond d'une province avec de l'argent à dépenser et un nom en ac ou en ille, peut dire « un homme comme moi, un homme de ma qualité, et mépriser souverainement un négociant ; le négociant entend lui-même parler si souvent avec mépris de sa profession, qu'il est assez sot pour en rougir. Je ne sais pourtant lequel est plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le Roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde."

Lettres philosophiques,  Xème : sur le commerce, Voltaire

http://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_philosophiques#DIXI.C3.88ME_LETTRE_SUR_LE_COMMERCE.

 

Repères à suivre : thème du commerce dans la littérature : la création de richesses

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ASP 04/04/2012 13:22


Ce à quoi Rousseau répond : "Les anciens politiques parlaient sans cesse de moeurs et de vertu; les nôtres ne parlent que de commerce et d'argent." Pour l'un le commerce contribue au bonheur des
hommes, pour l'autre il contribue à leur perte ...

Litteratus 11/04/2012 19:06



Formidable référence qui témoigne de toute l'opposition des deux grands hommes ! merci !