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Publié par Litteratus

D'une union sans obligations (Molière)

 

 

Repères : thème du mariage : présentation


Une union libre

Après avoir abordé le mariage sous l'ange de la mésalliance, voyons aujourd'hui le cas où il peut aussi, sur le plan social, mettre fin au joug paternel.

L'émancipation de la femme a toujours été un sujet d'actualité et le reste encore.

Reportons-nous trois siècles en arrière et apprécions le projet de mariage qui lie Sganarelle et Dorimène, personnages de la pièce incomplète, le mariage forcé de Molière.

La fiancée expose à son futur époux sa conception toute personnelle du mariage qui est évidemment très loin des mœurs du XVIIème siècle.

Dorimène en un mot cherche une union...libre et ne s'en cache pas...

***

"SGANARELLE.- Hé bien, ma belle, c’est maintenant que nous allons être heureux l’un et l’autre. Vous ne serez plus en droit de me rien refuser ; et je pourrai faire avec vous tout ce qu’il me plaira, sans que personne s’en scandalise. Vous allez être à moi depuis la tête jusqu’aux pieds ; et je serai maître de tout : de vos petits yeux éveillés ; de votre petit nez fripon ; de vos lèvres appétissantes ; de vos oreilles amoureuses ; de votre petit menton joli ; de vos petits tétons rondelets, de votre... Enfin toute votre personne sera à ma discrétion ; et je serai à même, pour vous caresser, comme je voudrai. N’êtes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne ?

DORIMÈNE.- Tout à fait aise, je vous jure : car enfin la sévérité de mon père m’a tenue jusques ici dans une sujétion la plus fâcheuse du monde. Il y a je ne sais combien que j’enrage du peu de liberté, qu’il me donne ; et j’ai cent fois souhaité qu’il me mariât, pour sortir promptement de la contrainte, où j’étais avec lui, et me voir en état de faire ce que je voudrai. Dieu merci, vous êtes venu heureusement pour cela, et je me prépare désormais à me donner du divertissement, et à réparer comme il faut le temps que j’ai perdu. Comme vous êtes un fort galant homme, et que vous savez comme il faut vivre ; je crois que nous ferons le meilleur ménage du monde ensemble, et que vous ne serez point de ces maris incommodes, qui veulent que leurs femmes vivent comme des loups-garous . Je vous avoue que je ne m’accommoderais pas de cela ; et que la solitude me désespère. J’aime le jeu ; les visites ; les assemblées ; les cadeaux , et les promenades ; en un mot toutes les choses de plaisir ; et vous devez être ravi, d’avoir une femme de mon humeur. Nous n’aurons jamais aucun démêlé ensemble ; et je ne vous contraindrai point dans vos actions ; comme j’espère que de votre côté vous ne me contraindrez point dans les miennes : car pour moi, je tiens qu’il faut avoir une complaisance mutuelle ; et qu’on ne se doit point marier, pour se faire enrager l’un l’autre. Enfin nous vivrons, étant mariés, comme deux personnes qui savent leur monde. Aucun soupçon jaloux ne nous troublera la cervelle ; et c’est assez que vous serez assuré de ma fidélité, comme je serai persuadée de la vôtre. Mais qu’avez-vous ? Je vous vois tout changé de visage.

SGANARELLE.- Ce sont quelques vapeurs, qui me viennent de monter à la tête .

DORIMÈNE.- C’est un mal aujourd’hui qui attaque beaucoup de gens : mais notre mariage vous dissipera tout cela. Adieu, il me tarde déjà que je n’aie des habits raisonnables, pour quitter vite ces guenilles. Je m’en vais de ce pas achever d’acheter toutes les choses qu’il me faut ; et je vous enverrai les marchands."


Le mariage forcé, (acte 1 scène II) Molière

http://www.toutmoliere.net/acte-1,405455.html

 

Repères à suivre : présentation : hésitations de dernières minutes (Tolstoï)

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