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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

D'une maison à l'autre (XI) : la maison à vendre (Daudet)

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Rien n'est plus déchirant que d'être contraint de vendre sa maison.

 

Prenez ce vieillard manipulé par ses propres enfants à force de cajoleries et en contrepartie de vagues promesses, sommé par des cris et des menaces de vendre...

 

Triste vieillesse !

 

***

 

"(...)
Il faut vendre, papa, il faut vendre... vous l'avez promis... ” Et la voix du vieux, toute tremblante :
“Mais, mes enfants, je ne demande pas mieux que de vendre... voyons ! Puisque j'ai mis l'écriteau. ”
J'appris ainsi que c'étaient ses fils, ses brus, de petits boutiquiers parisiens, qui l'obligeaient à se défaire de ce coin bien-aimé. Pour quelle raison ? je l'ignore. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'ils commençaient à trouver que la chose traînait trop, et à partir de ce jour, ils vinrent régulièrement tous les dimanches pour harceler le malheureux, l'obliger à tenir sa promesse. De la route, dans ce grand silence du dimanche, où la terre elle-même se repose d'avoir été labourée, ensemencée toute la semaine, j'entendais cela très bien. Les boutiquiers causaient, discutaient entre eux en jouant au tonneau, et le mot argent sonnait sec dans ces voix aigres comme les palets qu'on heurtait. Le soir, tout le monde s'en allait ; et quand le bonhomme avait fait quelques pas sur la route pour les reconduire, il rentrait bien vite, et refermait tout heureux sa grosse porte, avec une semaine de répit devant lui. Pendant huit jours, la maison devenait silencieuse. Dans le petit jardinet brûlé de soleil, on n'entendait rien que le sable écrasé d'un pas lourd, ou traîné au râteau.
De semaine en semaine cependant, le vieux était plus pressé, plus tourmenté. Les boutiquiers employaient tous les moyens. on amenait les petits-enfants pour le séduire :
“ voyez-vous, grand-père, quand la maison sera vendue, vous viendrez habiter avec nous. Nous serons si heureux tous ensemble !... ” Et c'était des apartés dans tous les coins, des promenades sans fin à travers les allées, des calculs faits à haute voix, Une fois j'entendis une des filles qui criait :
“La baraque ne vaut pas cent sous... elle est bonne à jeter à bas. ” Le vieux écoutait sans rien dire, on parlait de lui comme s'il était mort, de sa maison comme si elle était déjà abattue. Il allait, tout voûté, des larmes dans les yeux, cherchant par habitude une branche à émonder, un fruit à soigner en passant ; et l'on sentait sa vie si bien enracinée dans ce petit coin de terre qu'il n'aurait jamais la force de s'en arracher.
(la suite)

Maison à vendre, extrait des Contes du lundi, Daudet,

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre2311-chapitre4673.html

 

gazette-tetiere.jpgSi vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être aussi La quête des sens : le toucher (Daudet)

 

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lyly 16/01/2011 08:05



C'est vraiment pathétique, une réalité que bien des anciens ont certainement vécu


Ses enfants sont vraiment affublés d'une bien triste mentalité


Bises, Lyly



Litteratus 16/01/2011 18:40



Les personnes âgées sous influence, un drame de tous les temps !



flora 13/01/2011 11:22



Avec la maison, symboliquement, c'est le vieux et sa vie qui devaient être abattus...



Litteratus 13/01/2011 18:03



Le parallèle est en effet saisissant !



MF 13/01/2011 10:46



Si, il y a plus triste : ne pas savoir où aller et faire le mauvais choix :-)



Litteratus 13/01/2011 18:03



en effet...