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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

D'une maison à l'autre (V) : la maison idéalisée (Charles Guérin)

4354710390_66d2a79633.jpgArrêtons-nous un instant sur une maison totalement unique : la maison de nos rêves.

Découvrons celle de Charles Guérin, poète français oublié du XIXème siècle, qui trouve sa place dans cette série d'articles.

Contemplons cette demeure, chère à son cœur, qui n'existe hélas pas, ainsi qu'il le révèle avec sensibilité dans le dernier vers...

Apprécions l'utilisation du conditionnel...

***

La maison serait blanche et le jardin sonore
De bruits d'eaux vives et d'oiseaux,
Et le lierre du mur qui regarde l'aurore
Broderait d'ombres les rideaux

Du lit tiède où, mêlés comme deux tourterelles,
Las d'un voluptueux sommeil,
Nous souririons, heureux de nous sentir des ailes
Aux premiers rayons du soleil.

Cette maison n'aurait sous l'auvent qu'un étage
Au balcon noyé de jasmins.
Les fleurs, le miel, ô mon amie, et le laitage
Aromatiseraient tes mains.

Un fleuve baignerait nos vergers, et sa rive
Cacherait parmi les roseaux
Une barque bercée et dont la rame oisive
Miroite en divisant les eaux.

Nous resterions longtemps assis sur la terrasse,
Le soir, lorsqu'entre ciel et champ
Le piétinant troupeau pressé des brebis passe
Dans la lumière du couchant ;

Et nos cœurs répondraient à l'angélus qui sonne
Avec la foi des cœurs à qui la vie est bonne.

Plus tard, sur le balcon rempli d'ombre, muets,
L'oreille ouverte au bruit des trains dans la vallée,
Goûtant tout ce qu'un sage amour contient de paix,
Nos âmes se fondraient dans la nuit étoilée.

Écoutant nos enfants dormir derrière nous,
Pâle dans tes cheveux libres où l'air se joue,
Ta main fraîche liée aux miennes : " Qu'il est doux,
Qu'il est doux, dirais-tu, les cils contre ma joue,
Quand on sait où poser la tête, d'être las ! "
Mes lèvres fermeraient ta paupière endormie.

Cher asile, jardin, maison rustique... Hélas !
Car nous rêvons quand il faut vivre, ô mon amie !

Cœur solitaire 1896, Charles Guérin (1873-1907)


http://ia311235.us.archive.org/1/items/lecoeursolitaire00guuoft/lecoeursolitaire00guuoft.pdf

 

gazette-tetiere.jpgSi vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être aussi La flûte de roseau

 

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Pascal Girard 08/01/2011 18:48



L'hiver on se gèlerait et la nuit tomberait a 16h ... avec de bonnes chances d'attraper la grippe espagnole !  



Litteratus 09/01/2011 19:46



Un baisse d'optimisme peut-être ?



lizagrèce 07/01/2011 22:42



Rien que pour le balcon noyé de jasmin je prends cette maison ...



Litteratus 08/01/2011 18:28



L'esthétisme te perdra...



lyly 07/01/2011 06:46



Bonjour L


J'aime beaucoup ce thème pour lequel il nous parle plus de l'atmosphère qu'il y


règne que de la maison en elle-même.


On ressent la sérénité du lieu et l'amour qui unit ses habitants


Merci pour ce joli partage !


 



Litteratus 07/01/2011 15:47



Tu as raison il sera peu question d'architecture à proprement parler...