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Publié par Litteratus

 

Charles Cronin en butte aux réalités de la vie

 

 

 

Repères : tour d'Angleterre : Oxford


Charles Cronin, professeur de philosophie depuis plus de trente ans à Christ Church Collège d'Oxford a la désagréable surprise de découvrir que sa chaudière est en panne en plein hiver et que son lave-vaisselle a lui aussi cessé de fonctionner. Cela tombe fort mal car une nouvelle conférence à préparer sur le thème du divertissement occupe son esprit. Habitué à ne gérer aucun problème domestique, le voici contraint de téléphoner aux services après-vente.

 

****

 

L'avarice de Charles Cronin

De petite taille avec un ventre proéminent, les yeux bleu transparent, le crâne recouvert de cheveux blancs très courts, Charles Cronin passait pour un fin connaisseur de l'œuvre de Pascal. Son savoir, sa compétence et sa pédagogie étaient reconnus par tous. Son humour était légendaire, son avarice aussi. Lucide, il le reconnaissait bien volontiers et indiquait que cela remontait à ses origines écossaises en clignant de l'œil. L'âge faisant, il devenait en effet de plus en plus parcimonieux. Outre le tracas et l'ennui inévitables, les dépannages à venir le feraient souffrir également du côté de son portefeuille. Combien cela allait-il coûter ? se demanda-t-il. Muriel ne lui montrait jamais les factures depuis que ces dernières lui arrachaient un cri de souffrance. Sa femme, moqueuse, disait que les factures vidaient sa « cassette », le seul mot de français qu'elle connaissait depuis les cinquante années de tendre compagnonnage avec lui.

 

Après le breakfast, il alla dans le bureau de son épouse et trouva précisément les différentes notices méticuleusement rangées. Il prit connaissance de ce que les deux appareils n'étaient plus sous garantie, ce qui le mit de fort mauvaise humeur. Il aurait donc à payer les frais de réparation. Regardant sa montre, il considéra qu'il était trop tôt pour appeler les dépanneurs. Il partit se doucher avec un eau tiède et se rasa. Quelle journée ! se dit-il.

 

Des prises de rendez-vous

Vers neuf heures trente débuta le moment tant redouté où il appela les service après vente. Il n'eut guère de chance avec le chauffagiste dont les lignes semblaient saturées. Quelle infortune ! répétait-il à l'envi. A croire que toutes les chaudières connaissaient le même sort funeste que la sienne. Il essaya cette fois de manière fructueuse le service de dépannage du lave-vaisselle ; il eut la désagréable surprise de voir qu'on ne lui demandait guère d'explications sur le problème en cause, l'opératrice semblait plutôt intéressée par les numéros de sa carte bancaire.

Désarçonné devant une attitude qui lui parut d'emblée si cavalière, il tenta de proposer un règlement par chèque sur place avant de comprendre qu'une telle démarche serait évidemment sans issue. Il n'avait pas le choix : il devait laisser les coordonnées de sa carte bleue. Cela lui parut une opération autrement plus cruelle que le paiement d'une quelconque somme car il ne serait appelé à connaître qu'à l'issue de la réparation le montant de la facture finale, la « douloureuse. » Mais il se résigna en disant « puisqu'il faut en passer par là », il s'exécuta ainsi la mort dans l'âme.

Puis, il obtint un rendez-vous sous quarante-huit heures. Raccrochant, il fut finalement assez content de lui ; il ne devrait faire la vaisselle que pendant deux petites journées, ce n'était rien ! pensa-t-il, avant de grimacer devant l'absence cruelle d'eau chaude. Il restait à solutionner le problème de la chaudière et il réalisa alors une véritable performance en obtenant immédiatement une interlocutrice. Cette dernière accepta d'envoyer un réparateur pour le lendemain. Il devrait donc prendre son mal en patience durant vingt-quatre heures.

 

Une expérimentation dans le froid

Le professeur s'installa dans son bureau au rez de chaussée avec son manteau et son écharpe. La température intérieure indiquait onze degrés. Stoïque, il tenta de se concentrer sur le sujet du divertissement chez Pascal, mais les extrémités de ses doigts étaient engourdis. Il essaya de faire diversion en se focalisant sur cette intense spéculation de l'esprit. Celui-ci ne put s'empêcher de se divertir, c'est à dire de se détourner du sérieux de la pensée. Drôle de circonstance ! s'exclama Charles Cronin. J’expérimente dans sa plus grande simplicité l'hypothèse de Pascal. Moi qui n'ai jamais eu de problème pour me concentrer et qui aime à fréquenter le silence d'un bureau et de la bibliothèque, je me trouve aujourd'hui fort dépourvu devant ce froid qui raidit mes membres et mon esprit. Je ne peux décidément pas travailler, conclut l'honorable professeur.

 

Du temps perdu pour sa chère étude...

 

Repères à suivre : les misères de Charles Cronin

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