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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Bienvenue dans le Surrey !

Bienvenue dans le Surrey !

(Clandon Park)

 

 

 

Repères : Tour d'Angleterre

 

Johnston Park

Après le Kent et l'Essex, nous faisons élection de domicile dans le Surrey, contrée limitrophe du Grand Londres.

Nous avons rendez-vous dans cet article et ceux à suivre avec un domaine fictif issu de l'imagination de l'auteur de ces lignes : Johnston Park.


L'influence de la vente souvent forcée en 1947 de nombreuses demeures prestigieuses au profit du National Trust n'est pas étrangère à la trame du récit que vous allez pouvoir lire ou (re)lire : Le portrait de Lady Catherine Johnston.


Le portrait de Lady Catherine Johnston

Précisons l'intrigue : Johnston Park dans le Surrey, est une magnifique demeure du 18ème siècle dotée d'une collection impressionnante de toiles de maîtres. Un tableau particulièrement est mis en valeur, c'est le portrait de Lady Catherine Johnston, aïeule de la famille, peinte par Gainsborough. La Seconde Guerre Mondiale a mis en péril le domaine familial : il faut se résoudre à vendre les œuvres d'art pour vivre. Quel sera le sort réservé au portrait de l'aïeule ?

****

 

 

"En ce jour pluvieux de l'hiver 1920, deux jeunes garçons de six et neuf ans s'amusaient aux quilles dans une somptueuse pièce d'apparat dépendant d'une demeure néo-classique du 18ème siècle, située dans le Surrey : Johnston Park. Cette villa édifiée en briques rouges accueillait ses hôtes sur un perron de pierre doté de quatre colonnes à feuilles d'acanthe. On pénétrait alors dans un impressionnant hall de marbre blanc aux ornements richement travaillés, autour d'un âtre allumé dès les mauvais jours. On avait sous les yeux un décor digne d'un théâtre. Les arts y étaient fièrement célébrés. De nombreuses sculptures d'esclaves rappelaient l'origine de la fortune des propriétaires de ces lieux. Les lointaines colonies anglaises avaient en effet permis le commerce particulièrement lucratif de la canne à sucre. Le négoce justifiait aussi le goût de l'apparat : un plafond peint représentait les neufs muses effectuant une ronde harmonieuse. Le luxe mis en scène ne serait pas total sans la présence de lourdes tentures de velours rouges. Johnston Park ressemblait de surcroît à un palais de prince avec la galerie de vingt-cinq mètres de long, percée de larges baies. Cette dernière comportait une remarquable collection de toiles de maîtres. La visite menait nécessairement à la découverte d'une peinture de taille exceptionnelle trônant en majesté. Il s'agissait du portrait de pied en cap, plein de dignité, de Lady Catherine Johnston peinte par Gainsborough. Épouse du bâtisseur du domaine familial, l'aïeule apparaissait en tenue de bal tenant un éventail au manche d'ivoire, son autre bras délicatement placé sur le pli de sa robe de soie verte brodée. Ce tableau d'une finesse extrême constituait le joyau de cette collection privée. La famille lui rendait même à l'occasion une sorte de culte car il témoignait du caractère illustre de la lignée. Ce cadre prestigieux servait de salle de bal durant la période de réceptions et de salle de jeux par temps mauvais.


Nullement gênés par les atteintes éventuelles aux objets rares et précieux, dédaigneux même du luxe qui les entourait non par malice mais par l'habitude prise de vivre parmi ces mille et une pièces de collection, les enfants de Lord Johnston se débattaient dans une partie acharnée de quilles, émaillée de disputes et de rires. L'allure de l'aîné Charles, véritable échalas, blond, lymphatique, aux yeux bleus, tranchait avec la rondeur de Thomas, son cadet, d'un blond vénitien au teint agrémenté de tâches de rousseur. La surveillance des enfants s'effectuait de loin : assise dans un fauteuil près de la vaste cheminée de la galerie où flambait un feu crépitant, la gouvernante des jeunes lords s'était assoupie. C'est que le ciel semblait morne en cet après-midi où le crachin persistant rendait l'horizon insaisissable. Le temps paraissait bien monotone. Changeant de jeux, les enfants convinrent de se lancer dans un concours de glissades effrénées sur le parquet dûment ciré. Vingt-cinq mètres, une étendue infinie pour s'ébrouer. L'art consistait à prendre de l'élan pour se projeter le plus loin possible. Ce ne fut que lorsque la course du plus jeune finit au pied de l’aïeule, que ce dernier, saisi soudainement par le regard hautain de Lady Catherine Johnston, se mit à pleurer à chaudes larmes. Il se tenait la jambe en hurlant de douleur. Se réveillant en sursaut, la bonne se mit à courir auprès du cadet pour le consoler. Sentant vaguement que sa surveillance avait été défaillante, elle renonça à cette impression désagréable en reportant toute sa colère sur l’aîné. La gouvernante maîtrisait à la perfection l'art de l'esquive. L'enfant fut dûment chapitré puis puni pour avoir organisé un jeu dangereux. Dès lors, Charles Johnston ne cessa plus de regarder d'un mauvais œil cette toile qu'il jugeait, avec ses yeux d'enfant, responsable de cette sanction indue. A l'inverse, Thomas qui n'avait en réalité qu'une écorchure, considéra avec admiration celle qui lui avait permis de battre -pour une fois- son frère à un jeu. L'enfance est remplie de petites victoires et de grandes frustrations. Cet événement marqua le point de départ de la rivalité entre les deux frères. Elle s'expliquait par la nature même du lien unissant deux garçons si proches en âge. Le simple désir de l'un suscitait instantanément la même envie chez l'autre. Mais avec le temps, la tension entre les frères s'intensifia. (à suivre)

 

 

Repères à suivre : le Surrey : Johnston Park (2)

 


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