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Gazette littéraire

Au fil de l'eau : la Marseillaise de la Paix (Lamartine)

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Revenons en France après notre brève escale à Venise.

 

En ce jour de fête nationale, la Gazette vous propose de relire un extrait d'une œuvre déjà publié, au mois de septembre 2010, dans le cadre de sa thématique consacrée à la Presse.

 

Le texte qui vous est offert met en scène un fleuve immense qui sépare deux pays, la France et l'Allemagne : il s'agit bien entendu du Rhin.

 

Précisions que ce fleuve, qui présente un intérêt stratégique de premier plan, a été un sujet de querelle entre lesdits voisins.

 

Loin de vivre dans des contrées lointaines, la Littérature s'est passionnée par ce type de conflit soit hélas en les attisant soit en cherchant à pacifier le débat.

 

En réponse à un poème particulièrement belliqueux d'un poète nationaliste allemand, Becker, Lamartine a rédigé un poème intitulé la "Marseillaise de la Paix" : une ode pour une fois dénuée de violence et de haine. (cf le dernier couplet de la Marseillaise qui reconnaît l'horreur du refrain)

 

La réponse "désarmante" de Lamartine aux provocations des nationalistes de tout poil valait bien une publication en ce jour.


***

 

"REPONSE A M. BECKER

Roule libre et superbe entre tes larges rives,
Rhin, Nil de l’Occident, coupe des nations !
Et des peuples assis qui boivent tes eaux vives
Emporte les défis et les ambitions !

Il ne tachera plus le cristal de ton onde,
Le sang rouge du Franc, le sang bleu du Germain ;
Ils ne crouleront plus sous le caisson qui gronde,
Ces ponts qu’un peuple à l’autre étend comme une main !
Les bombes et l’obus, arc-en-ciel des batailles,
Ne viendront plus s’éteindre en sifflant sur tes bords ;
L’enfant ne verra plus, du haut de tes murailles,
Flotter ces poitrails blonds qui perdent leurs entrailles,
Ni sortir des flots ces bras morts !

(…)

Allons-y, mais sans perdre un frère dans la marche,
Sans vendre à l’oppresseur un peuple gémissant,
Sans montrer au retour aux yeux du patriarche,
Au lieu d’un fils qu’il aime, une robe de sang !
Rapportons-en le blé, l’or, la laine et la soie,
Avec la liberté, fruit qui germe en tout lieu ;
Et tissons de repos, d’alliance et de joie
L’étendard sympathique où le monde déploie
L’unité, ce blason de Dieu !

Roule libre, et grossis tes ondes printanières,
Pour écumer d’ivresse autour de tes roseaux :
Et que les sept couleurs qui teignent nos bannières,
Arc-en-ciel de la paix, serpentent dans tes eaux !

 

AL. DE LAMARTINE.

Saint-Point, 28 mai 1841."

Revue des Deux Mondes ; source : http://fr.wikisource.org/wiki/La_Marseillaise_de_la_Paix_%28RDDM%29

 

 

 

 

 

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