Partager l'article ! Un billet pour deux voyages littéraires: Loin de ne traiter que des sentiments intérieurs éprouv ...
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Thème du mois de février 2012 : le ciel
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Loin de ne traiter que des sentiments intérieurs éprouvés dans les replis des âmes, la Littérature aime aussi les grands horizons et les aventures dans des contrées lointaines et exotiques. Les auteurs nous invitent alors à emprunter des chemins sinueux et parfois dangereux tout en nous laissant bien assis confortablement dans notre fauteuil. Ces voyages ont pour objet de nous divertir mais également d'éveiller nos consciences. Deux œuvres aux visées opposées seront ainsi confrontées : Candide de Voltaire, conte publié en 1755 et la Vallée de rubis, récit de Joseph Kessel édité en 1955. Découvrons ensemble ces deux voyages exceptionnels...
1. Un voyage à travers l'ironie *
Voltaire nous invite à un voyage extraordinaire sur plusieurs continents et dans différents pays après avoir précipité son jeune personnage bien naïf dans des situations improbables. Ce voyage s'effectue à pied, à cheval, sur voie maritime comme c'était l'usage au XVIIIème siècle et offre une puissance d'ironie et d'humour incomparable. Loin d'être un voyage d'exploration, ce périple est en réalité un prétexte à une critique sévère à l'encontre d'une philosophie fondée sur l'optimisme qui était fort en vogue à cette époque. La théorie de Leibnitz caricaturée à l'excès par Voltaire se résume pour ce dernier en onze mots répétés à l'envi tout le long du livre : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. C'est évidemment l'inverse qui va être démontré au fil de l'œuvre.
Candide, recueilli dès sa naissance par un aristocrate allemand, est un charmant jeune homme doux et un peu simple. Il vit dans le beau château du Baron de Thunder-Ten-Tronckh en Westphalie et se consume d'amour pour la fille de ce dernier, la belle Cunégonde. Recevant une éducation soignée, il a pour maître à penser, Pangloss, incorrigible optimiste qui symbolise la théorie à abattre. Un événement imprévu va précipiter notre délicat Candide dans un tourbillon d'aventures :
« Le lendemain après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent ; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa, elle lui prit innocemment la main, le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toute particulière; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s'enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s'égarèrent. Monsieur le baron de Thunder-Ten-Tronckh passa auprès du paravent, et, voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière.» ( fin du chapitre 1er)
C'est ainsi que notre charmant Candide va se trouver jeté dans des aventures qu'il subira avec une franche naïveté. Il se verra acteur forcé d'un conflit militaire entre les bulgares et les abares qui le dépasse complètement ; il connaîtra un naufrage aux abords de Lisbonne réduite en cendres à la suite d'un tremblement de terre. Il jouera le rôle de bouc émissaire entre les mains de l'Inquisition. Il assistera à l'oppression des indiens par les Jésuites dans le Nouveau Monde avant d'assister au traitement réservé aux esclaves du Surinam. Il repartira pour la France, puis pour l'Angleterre, ensuite pour Venise et Constantinople. Mais il participera aussi à la violence dans laquelle il se trouve plongé en devenant, malgré lui, le meurtrier du frère de Cunégonde retrouvée avant qu'elle ne disparaisse à nouveau.
Le naïf Candide chemine tout le long de ses voyages avec des compagnons d'infortune avec lesquels il essayera de donner un sens à toutes ces aventures : Martin, le pessimiste, l'antithèse de Pangloss qu'il retrouvera en mendiant, Cacambo le serviteur fidèle, la vieille servante qui a un lourd passé, Cunégonde devenue laide... Candide se trouve amené à effectuer en réalité un parcours initiatique confrontant sans arrêt ses connaissances en matière d'optimisme avec la violence du monde : « - O Pangloss ! s'écria Candide, tu n'avais pas deviné cette abomination ; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme.- Qu'est-ce qu'optimisme ? disait Cacambo. - Hélas ! Dit Candide, c'est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. » Et il versait des larmes en regardant son nègre, et, pleurant, il entra dans Surinam. (chapitre 19)
Candide cherche à justifier la portée de la sauvagerie des hommes lorsqu'une rencontre décisive l'aidera à s'affranchir de la spéculation purement théorique. Un
humble vieillard musulman, prenant le frais à l'ombre d'un arbre, lui donnera une leçon de vie que notre personnage méditera pour aboutir à la maxime célèbre : «Cela est bien dit, répondit
Candide, mais il faut cultiver notre jardin. » (dernier chapitre).
Une invitation à réformer le monde : ne serait-ce pas une autre forme d'optimisme ?
2. Un voyage dans des contrées merveilleuses**
Le narrateur passionné de voyages retrouve son camarade de guerre, Jean, devenu marchand de pierres précieuses. Ce dernier semble toujours prêt à lui proposer d'entamer une expédition lointaine pleine de dangers. L'objet du voyage? La recherche de rubis à la perfection légendaire : « Car, en vérité, à travers le monde immense, sur toute l'étendue de la croûte terrestre, nul n'a jamais trouvé, nul n'a jamais connu -depuis que l'humanité a de la mémoire- un autre lieu pour receler les pierres qui ont à la fois la couleur de la flamme pure et du sang léger. » (page 14)
Ces rubis fabuleux proviennent d'une région mystérieuse et isolée de Birmanie pleine de périls que l'on ne peut parcourir sans y être invité tant l'endroit renferme une richesse incroyable. Mogok. La légende raconte que l'aigle le plus grand de l'univers méprisait toutes les proies qu'il avait dévorées jusqu'au jour où son regard perçant se fixa sur un point particulier : « Un énorme morceau de chair fraîche brillait au flanc d'une colline. Et cette chair était d'une telle qualité que jamais le vieil aigle n'en avait vu de pareille - lui qui depuis si longtemps chassait au-dessus du monde sans limites.(...) Alors le vieil aigle comprit. Ce n'était pas un quartier de viande qui scintillait dans l'herbe de la colline, mais une pierre miraculeuse et sacrée (...) » (page 77)
Assoiffés d'aventures, nos deux protagonistes prendront la direction de Londres, de Bombay, de Rangoon, de Mogok. Le récit particulier d'un vol de trésor de rubis et de saphirs constitué par un bandit reconverti va les tenir en haleine. Le danger est néanmoins partout : « Une mince brèche, aménagée dans le rideau de mousse, servait de sortie au terrain d'aviation. Comme je m'y engageais, le mouvement d'un buisson, me fit tressaillir. Au creux des épineux, se cachait, vêtu de toile vert olive et coiffé d'un large chapeau qui ressemblait à celui des soldats australiens, un birman armé d'un fusil. En regardant mieux, j'en aperçus d'autres, confondus avec les arbustes sur tout le pourtour du terrain, qui tenaient- et prêts à s'en servir-soit une carabine, soit un mousqueton, soit une mitraillette. » (page 69)
La prudence devra être de mise pour nos deux voyageurs habités par la quête de ce trésor. Ils vont découvrir un pays magnifique avec ses coutumes
ancestrales. Des récits captivants vont alors s'emboîter tout en se fondant merveilleusement dans l'intrigue... Au chapitre 17 de l'œuvre, nos voyageurs doivent repartir sans avoir
résolu l'énigme qui leur tient à cœur. Ce n'est que dans le bruit des moteurs ronflants de l'avion que le voile va se lever dans un suspense remarquable. Ce voyage laissera des
traces dans la mémoire du narrateur qui conclut : « Mais que m'importaient ces pierres, mêmes les plus précieuses, ces cailloux, même les plus rares et de la teinte du sang le plus pur !
Ce qui tout à coup m'étreignait d'une nostalgie invincible, c'était le souvenir, déjà le souvenir, du petit peuple enfermé dans sa vallée close. »
(page 253)
Une invitation à l'évasion la plus complète...
* la Pléiade, 3ème volume, 3ème trimestre 1954
** folio, février 1994
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