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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La problématique de l'argent (Rousseau)

 L'argent ne fait pas le bonheur certes et il peut poser même de sérieux problèmes comme l'évoque Rousseau dans ses Confessions.

     
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Confessions

 
C'est avec un immense auteur qui nous accompagne depuis des années en sa qualité d'écrivain, de philosophe, de théoricien et même de musicien que nous allons analyser la problématique de l'argent : Rousseau.
 
Nous avons abondamment puisé dans une de ses œuvres :  les Confessions, ouvrage posthume (1782) au travers des thèmes suivants :
Le texte qui vous est proposé nous parle de l'argent et des difficultés rencontrées par cet être torturé ...

Argumentation

Au travers d'un genre littéraire intimiste, des Confessions, Rousseau mène une véritable argumentationÉcrite à la première personne du singulier, cette argumentation directe nous livre les propres réflexions et justifications de l'auteur. Il nous persuade de l'absence de valeur de l'argent en soi. Puis, il nous livre la gêne et la honte que lui procure l'acte d'acheter. Cette frustration le conduit même à en éprouver un profond dégoût. On comprend donc son avarice qu'il justifie avec une sincérité désarmante. Son rapport avec l'argent est ainsi précisé. Son expérience personnelle, livrée sans fard, a une portée universelle. L'argent nous met en face d'une dichotomie liberté et aliénation. Quel est donc notre propre rapport à l'argent ?


Absence de valeur en soi

« Jamais l'argent ne me parut une chose aussi précieuse qu'on la trouve. Bien plus, il ne m'a jamais paru fort commode; il n'est bon à rien par lui-même, il faut le transformer pour en jouir; il faut acheter, marchander, souvent être dupe, bien payer, être mal servi. Je voudrais une chose bonne dans sa qualité : avec mon argent je suis sûr de l'avoir mauvaise. J'achète cher un œuf frais, il est vieux, un beau fruit, il est vert, une fille, elle est gâtée. J'aime le bon vin, mais où en prendre? Chez un marchand de vin? comme que je fasse, il m'empoisonnera. Veux-je absolument être bien servi? que de soins, que d'embarras! avoir des amis, des correspondants, donner des commissions, écrire, aller, venir, attendre; et souvent au bout être encore trompé. Que de peine avec mon argent! Je la crains plus que je n'aime le bon vin."

Dégoût

"Mille fois, durant mon apprentissage et depuis, je suis sorti dans le dessein d'acheter quelque friandise. J'approche de la boutique d'un pâtissier, j'aperçois des femmes au comptoir; je crois déjà les voir rire et se moquer entre elles du petit gourmand. Je passe devant une fruitière, je lorgne du coin de l'œil les belles poires, leur parfum me tente; deux ou trois jeunes gens tout près de là me regardent; un homme qui me connaît est devant sa boutique; je vois de loin venir une fille; n'est-ce point la servante de la maison? Ma vue courte me fait mille illusions. Je prends tous ceux qui passent pour des gens de connaissance; partout je suis intimidé, retenu par quelque obstacle; mon désir croît avec ma honte, et je rentre enfin comme un sot, dévoré de convoitise, ayant dans ma poche de quoi la satisfaire, et n'ayant osé rien acheter.

J'entrerais dans les plus insipides détails, si je suivais dans l'emploi de mon argent, soit par moi, soit par d'autres, l'embarras, la honte, la répugnance, les inconvénients, les dégoûts de toute espèce que j'ai toujours éprouvés. A mesure qu'avançant dans ma vie le lecteur prendra connaissance de mon humeur, il sentira tout cela sans que je m'appesantisse à le lui dire."

Avarice

"Cela compris, on comprendra sans peine une de mes prétendues contradictions : celle d'allier une avarice presque sordide avec le plus grand mépris pour l'argent. C'est un meuble pour moi si peu commode, que je ne m'avise pas même de désirer celui que je n'ai pas; et que quand j'en ai je le garde longtemps sans le dépenser, faute de savoir l'employer à ma fantaisie; mais l'occasion commode et agréable se présente-t-elle, j'en profite si bien que ma bourse se vide avant que je m'en sois aperçu. Du reste, ne cherchez pas en moi le tic des avares, celui de dépenser pour l'ostentation; tout au contraire, je dépense en secret et pour le plaisir: loin de me faire gloire de dépenser, je m'en cache. Je sens si bien que l'argent n'est pas à mon usage, que je suis presque honteux d'en avoir, encore plus de m'en servir. Si j'avais eu jamais un revenu suffisant pour vivre commodément, je n'aurais point été tenté d'être avare, j'en suis très sûr. Je dépenserais tout mon revenu sans chercher à l'augmenter: mais ma situation précaire me tient en crainte. J'adore la liberté. J'abhorre la gêne, la peine, l'assujettissement. Tant que dure l'argent que j'ai dans ma bourse, il assure mon indépendance; il me dispense de m'intriguer pour en trouver d'autre; nécessité que j'eus toujours en horreur: mais de peur de le voir finir, je le choie. L'argent qu'on possède est l'instrument de la liberté; celui qu'on pourchasse est celui de la servitude. Voilà pourquoi je serre bien et ne convoite rien. »


Les Confessions de J.J Rousseau (livre 1er) Wikisource link

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