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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Genèse autobiographique du « malade imaginaire » de Molière

Dans Le Malade imaginaire, Molière a beau être moqué dans une satire de Boulanger de Chalussay, Elomire Hypocondre, où son intimité et sa vie privée sont jetées en pâture, la genèse de cette pièce doit tout à l’ambition d’un homme certes malade, mais encore plein de vitalité, qui a engagé beaucoup d’argent et de temps dans la création d’une comédie-ballet originale.

 

Le Malade imaginaire, Molière, autobiographie, maladie, Mercure de France

 

Repères : malade imaginaire : présentation

Dans l’article précédent, nous avons circonscrit la problématique que nous avons à résoudre à la question de savoir comment Molière entreprend de corriger les mœurs dans Le Malade imaginaire.

Aujourd’hui, nous allons aborder les origines de la pièce, sachant que pour la biographie générale de Molière, il vous est proposé de consulter les deux sites suivants :

Elomire Hypocondre

En août 1672, Molière est entré dans sa dernière année de vie de lorsqu’il écrit Le Malade imaginaire. Certains ont estimé que cette pièce trouve son origine dans l’état de santé de l’auteur.

Certes, l’auteur souffre d’une pathologie sérieuse, il en est moqué par ses ennemis comme Boulanger de Chalussay qui en 1670 publie un pamphlet, Elomire Hypocondre, soit l’anagramme de Molière dont voici un extrait :

« Je vais, je viens, je cours, mais j'ai beau tempêter,

On me ferme la bouche, et loin de m'écouter,

Taisez-vous, me dit-on, petit vendeur de baume

Et croyez qu'Esculape est plus grand Dieu que Morne.

Après ce coup de foudre, il fallut tout souffrir ;

Ma femme en enragea, je faillis d'en mourir ;

Et ce qui fut le pis, pendant ma maladie,

Fallut de mes bourreaux, souffrir la tyrannie.

Ma femme les manda, sans m'en rien témoigner.

D'abord qu'ils m'eurent vus, « faut saigner, faut saigner, »

Dit notre bredouilleur. « Ah ! N'allons pas si vite,

L'on part toujours à temps, quand on arrive au gîte, »

Dit Monsieur le lambin, « c'est là bien décider, »

Dit un autre, « il ne faut ni saigner ni tarder,

Si l'on tarde, il est mort, si l'on saigne, hydropique ;

Et notre peu d'espoir n'est plus qu'en l'émétique ; »

Chacun des trois s'obstine et soutient son avis,

Et tous trois, tour à tour, enfin furent suivis :

L'on saigna, l'on tarda, l'on donna l'émétique,

Et je fus fort longtemps leur plus grande pratique.

À la fin je guéris, mais s'il faut l'avouer,

Ce fut par le plaisir que j'eus de voir jouer

Mon amour, médecin, par mes médecins mêmes ;

Car malgré mes chagrins et mes douleurs extrêmes,

J'admirai ma copie en ces originaux,

Et je tirai mon mal d'où j'avais pris mes maux. »

Boulanger de Chalussay , Elomire Hypocondre, (Acte 1, scène 3)

http://www.theatre-classique.fr/pages/pdf/LEBOULANGERCHALUSSAY_ELOMIREHYPOCONDRE.pdf

Nous verrons dans les articles à venir la nature de la maladie d’Argan qui n’est pas sans rappeler celle de Molière, mais ces circonstances ne sont pas de nature à faire naître une pièce à visée autobiographique. Cette piste est affaiblie par des faits précis qui ne corroborent pas l’hypothèse « autobiographique ».

Palais Royal

En effet, Molière, même malade (il est atteint d’une forme de tuberculose), est un homme plein de projets avec sa troupe.

Rappelons que cette dernière a porté trois noms :

  • l’Illustre théâtre,
  • la troupe de Monsieur (frère du roi)
  • et enfin, la troupe du roi : le temps de la consécration.

Le tout en référence aux protections dont elle a bénéficié au fil du temps.

En 1665, le roi Louis XIV donne à Molière sa protection et une pension pour monter des pièces de théâtre.

Depuis 1660, sa troupe se produit soit au Palais Royal, soit dans les résidences royales. Mais en 1672, des travaux d’importance sont entrepris dans cette salle parisienne pour voir monter des productions mêlant aux comédiens, musiciens et danseurs. C’est la mode des comédies-ballets.

Mercure Galant

Le journal, le Mercure Galant, annonce le 6 août 1672 la nouvelle comédie-ballet pour le prochain carnaval de l’hiver 1673. Molière écrit ainsi sa pièce durant l’été en reprenant des thèmes récurrents dans son œuvre ainsi que nous le verrons dans le détail.

La tête d’affiche est bien sûr la troupe du roi avec la mention d’un célèbre chorégraphe. Les répétitions débutent à l’automne 1672.

Ambition

C’est donc une œuvre d’envergure qui se prépare ; elle nécessite un investissement financier très important pour payer tous les artistes, comédiens, danseurs et musiciens. Cela implique aussi un investissement humain pour la tenue de longues répétitions.

Ce n’est pas donc l’œuvre d’un homme qui se sait condamné.

Par ailleurs, Molière se réserve le rôle non d’Argan, mais de son frère, Béralde qui apparaît comme le « sage »

Dans l’article suivant, nous verrons les sources objectives de cette pièce.

Source :

Robert Garapon, le dernier Molière, société d’édition d’enseignement supérieur, 1977, pages 156 et suivants.

Repère à suivre : les sources objectives de cette pièce.

 

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