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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L’éducation sociale à Paris de Julien Sorel (Stendhal)

 

Bac 2020 : Le Rouge et le Noir de Stendhal est considéré comme un roman d’apprentissage. Pour analyser la trajectoire de ce héros, il faut évoquer son éducation sociale à Paris.

 

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Repères : thème du héros stendhalien : étude

 

 

Dans l’article précédent, nous avons évoqué l’éducation sociale de Julien Sorel à Verrières. Elle a été importante pour Julien, mais elle ne lui est pas suffisante à Paris. On va en effet voir que le héros, promu secrétaire privé du marquis de La Mole, se trouve confronté à un milieu social qu’il ignore. Ses connaissances sont à parfaire.

 

Premiers pas

À la différence de Verrières, Julien reçoit quelques avertissements de l’abbé Pirard sur la conduite à tenir chez le marquis de La Mole. Il est ainsi mis en garde sur la fierté aristocratique de la maisonnée, mais cela n’empêche pas notre personnage de commettre de nombreux impairs. Il sent un vrai mépris de classe se poser sur lui. Les premiers pas de Julien à Paris sont donc extrêmement difficiles.

 

Ridicule

Les mondanités bien ennuyeuses sont plus nombreuses qu’à Verrières. Appartenant à la maisonnée, il doit paraître au dîner alors qu’il se sent mal à l’aise. L’habit bleu que lui offre un jour le marquis de La Mole lui permet de se focaliser sur le bon mot à prononcer. Julien se trouve gauche notamment lorsqu’il casse un vase du japon (livre 2, chapitre 20) et le plus souvent ridicule comme le jour où il tombe de cheval ; il devient alors un sujet à des moqueries.

« À dîner, parlant à son père, d’un bout de la table à l’autre, il rendit justice à la hardiesse de Julien ; c’était tout ce qu’on pouvait louer dans sa façon de monter à cheval. Le jeune comte avait entendu le matin les gens qui pansaient les chevaux dans la cour, prendre texte de la chute de Julien pour se moquer de lui outrageusement.

Malgré tant de bonté, Julien se sentit bientôt parfaitement isolé au milieu de cette famille. Tous les usages lui semblaient singuliers, et il manquait à tous. Ses bévues faisaient la joie des valets de chambre. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Chapitre_XXXIII

 

Il connaît l’échec. Mais notre personnage apprend plus vite que n’importe qui. Il fait preuve d’opiniâtreté.

 

Opiniâtreté

Confronté à l’élite aristocratique parisienne, Julien se sent en état d’infériorité, mais son orgueil est piqué. Son ambition se réveille et s'exerce sur son terrain de prédilection, la conquête de la femme. Par rivalité mimétique, il décide de s’éprendre de Mathilde de La Mole. Il désire la soustraire du marquis de Croisenois.

Par ailleurs, il fait preuve d’un esprit et d’un dévouement qui plaisent au marquis de la Mole. Ce dernier lui offre une croix très convoitée en témoignage de sa reconnaissance. Les succès s’enchaînent. Julien s’adapte aux codes sociaux et les applique à son usage. Il comprend qu’il doit aussi demander des faveurs pour autrui, quitte à créer involontairement de l'injustice sur son passage (livre 2, chapitre 8 in fine). C’est le risque de son ambition…

Devenant sourcilleux sur le chapitre de l’honneur, Julien se bat en duel (livre 2, chapitre VI). Comme un homme du monde, il apprécie l’opéra et va au bal. Il devient un véritable dandy (livre 2, chapitre 38). Une règle d’or lui permet de faire des progrès dans ses entreprises.

 

Froideur

La rencontre avec le prince Korasoff lui ouvre les yeux sur le milieu aristocratique. 

« À Londres il connut enfin la haute fatuité. Il s’était lié avec de jeunes seigneurs russes qui l’initièrent.

— Vous êtes prédestiné, mon cher Sorel, lui disaient-ils, vous avez naturellement cette mine froide et à mille lieues de la sensation présente, que nous cherchons tant à nous donner.

— Vous n’avez pas compris votre siècle, lui disait le prince Korasoff : faites toujours le contraire de ce qu’on attend de vous. Voilà d’honneur, la seule religion de l’époque ; ne soyez ni fou ni affecté, car alors on attendrait de vous des folies et des affectations et le précepte ne serait plus accompli. »

Julien sera donc froid et distant. Il doit en outre apprendre à être moins sérieux et davantage blasé pour sacrifier à la mode des salons. Cela lui permet de se lancer à la conquête de Mathilde de La Mole.

 

Nous verrons dans l’article suivant que cette éducation sociale est doublée d’une éducation politique.

 

Repère à suivre : l’éducation politique de Julien Sorel (Stendhal)

 

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