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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L’éducation politique de Julien Sorel (Stendhal)

 

Bac 2020 : Le Rouge et le Noir de Stendhal est considéré comme un roman d’apprentissage. Pour analyser la trajectoire de ce héros, il faut évoquer son éducation politique.

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Repères : thème du héros stendhalien : étude

 

Dans l’article précédent, nous avons évoqué son éducation sociale à Paris découvrons son éducation politique, qui voit le passage de l’élaboration d’une opinion politique à la revendication d'une conscience de classe. Précisons les choses :

 

Apprentissage

Dès son entrée chez les Rênal, Julien voit ses opinions politiques exacerbées par le spectacle des manœuvres politico-religieuses. Madame de Rênal lui donne les clefs de compréhension des enjeux locaux. Elle l’initie ainsi aux intrigues de Verrières, aux luttes intestines entre les ultras de différents bords et les libéraux. Le contexte du roman n’est pas apaisé. Une peur étreint la haute société.

 

1793

La femme du maire, lui parle d’une menace qui plane sur la tête des notables, le retour à la Révolution et à la Terreur. La date de 1793 fait en effet figure de repoussoir absolu à Verrières comme à Paris :

« Cette affectation déplut à Julien. Ils ont tant de peur des jacobins ! Ils voient un Robespierre et sa charrette derrière chaque haie ; ils en sont souvent à mourir de rire, et ils affichent ainsi leur maison pour que la canaille la reconnaisse en cas d’émeute, et la pille. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Chapitre_XXXI

 

Julien ignore que son statut d’homme du peuple le place directement comme une menace pour l’ordre (livre 2, chapitre13).

Cette crainte justifie les basses manœuvres et les complots à la fois en province et à Paris. Notons que Julien joue sans sourciller un rôle d’émissaire politique des ultras royalistes. Il se lance à corps perdu dans cette mission exactement contraires à ses propres opinions. Pourquoi ? Parce qu’il aime l’action et qu’il lui sacrifie ses idéaux.

 

Mathilde de La Mole s’intéresse à notre personnage en sa qualité de plébéien. Pour faire cesser son ennui, la jeune exaltée escompte une révolution au cours de laquelle elle prend place avec Julien à ses côtés, son alibi en somme…

Le temps de l’apprentissage s’achève avec la revendication de Julien qui repose sur sa propre conscience de classe.

 

Révolte sociale

Au travers de ce roman, Julien se lance dans une entreprise d’élévation sociale et non une lutte politique. Il n’a pas les moyens de changer le monde alors qu’il est en bas de l’échelle. Il le dit à demi-mots :

« Ma foi, dit Julien, qui veut la fin veut les moyens ; si, au lieu d’être un atome, j’avais quelque pouvoir, je ferais pendre trois hommes pour sauver la vie à quatre. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Chapitre_XXXIX

 

Pour autant, il observe, juge et condamne les basses manœuvres des notables. En particulier Valenod, archétype du parvenu sans scrupules, qui s’enrichit aux dépens des pauvres.

« J’ai commis un assassinat et je suis justement condamné, mais à cette seule action près, le Valenod qui m’a condamné est cent fois plus nuisible à la société. »  (livre 2, chapitre 44)

Dans de rares moments où il peut se laisser aller à de la sincérité, Julien se livre au comte d’Altamira, exilé politique, avec lequel il s'entretient d'une passion commune pour le républicanisme :

« Vous et moi, à ce dîner, nous serons les seuls purs de sang ; mais je serai méprisé et presque haï, comme un monstre sanguinaire et jacobin, et vous, méprisé simplement comme homme du peuple intrus dans la bonne compagnie.

— Rien de plus vrai, dit mademoiselle de La Mole.

Altamira la regarda étonné, Julien ne daigna pas la regarder. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Chapitre_XXXIX

 

Conscience de classe

Julien se qualifie de « républicain » et s’oppose aux ultras. Sa référence en matière politique est Danton, « un homme ! » (livre 2, chapitre 9). On voit l’intérêt de l’épigraphe de Stendhal attribuée à Danton en tête du roman, « la vérité, l’âpre vérité ».

 

Néanmoins, le héros stendhalien compose avec l’ennemi de classe non sans ambiguïté. Il aime précisément deux femmes qui lui sont socialement supérieures. Cela l’attire, il les hait aussi pour cela. Son ambition le mène à des batailles victorieuses.

 

Il faut attendre la fin du roman pour que cette conscience de classe soit revendiquée par lui. Au cours de son procès, il se déclare, en effet, « un paysan qui s’est révolté » (livre 2, chapitre 41). Peu importe qu’il soit dans les faits un petit-bourgeois. Seule sa perception de lui-même compte ; elle résulte de son apprentissage politique. Il s’assume ainsi. En homme libre, il accepte de mourir pour ce qu’il est…

 

Dans l’article suivant, nous verrons aussi son éducation intellectuelle.

 

Repère à suivre : éducation intellectuelle

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