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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Julien Sorel à l’heure du bilan (Stendhal)

 

Bac 2020 : Le Rouge et le Noir de Stendhal est considéré comme un roman d’apprentissage. Pour comprendre la trajectoire de ce héros, il faut analyser le constat que de Julien Sorel fait lui-même de sa vie : il accède alors à sa propre vérité. Son éducation est par là même achevée.

 

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Repères : thème du héros stendhalien : étude

 

Dans l’article précédent, nous avons abordé le dilemme de Julien Sorel pris entre hypocrisie et noblesse de cœur. Nous verrons aujourd’hui l’ultime clé de compréhension de ce roman d’apprentissage.

 

Roman d’apprentissage

Rappelons ce qu’est un roman d’éducation. Il correspond à un genre littéraire ancien qui permet au jeune héros, au travers de différentes péripéties souvent vécues comme des rites d’initiation, de faire valoir ses propres qualités tant à lui-même qu’au monde. On assiste à une double mesure, le sujet face à lui-même, mais aussi face au réel.

 

Avec le Romantisme au XIXe siècle, le roman d’apprentissage prend un tour, moins didactique, mais plus psychologique puisqu’il offre au personnage principal la possibilité de revenir sur son parcours de vie afin d’en dresser un bilan. Il reste que la notion d’éducation se comprend au sens large, comme nous l’avons vu, il s’agit d’une éducation morale, sentimentale, intellectuelle, sociale et politique.

 

Bilan

C’est donc la dernière étape de l’apprentissage : le héros tire des conclusions et clôture ainsi le temps de l’apprentissage.

 

En prison, à la veille d’une sentence dont il pressent l’issue funeste, Julien est occupé à repenser à sa vie entre regrets et bonheurs. Il médite sur sa destinée et prend de la hauteur à l’image du donjon qui surplombe Besançon.

 

Ce n’est pas la première fois que le héros s’abîme dans ses réflexions ; il l’a fait chaque fois qu’il est dans les montagnes. Mais il s’agit pour lui de l’heure du bilan définitif.

 

Julien Sorel fait preuve d’une lucidité absolue. Il n’épargne ni le monde ni lui-même.

 

Mépris pour le monde

C’est à son tour d’afficher clairement le mépris, voire le dégoût que lui cause le monde, « le monde une partie d’échecs ». Le voile se déchire.  Il dit ce qu’il pense.

Lors de son procès, la sincérité de ses mots cause sa perte. Il le sait, il n’en a cure. Il ne veut plus composer avec ses convictions les plus profondes. Il vous est proposé de relire le texte même de sa déclaration de culpabilité.

 

Il s’agit aussi pour lui de dénoncer finement une justice de classe, celle des possédants, siégeant à la cour d’assises, que des soutiens de Julien ont cherché à corrompre. Mais l’accusé ne veut rien devoir au monde. Il empêche tout sauvetage. Pourquoi ? Parce qu’il tient la société pour coupable d’un crime sans appel. Lequel ? Celui de briser des rêves d’émancipation.

 

Avec éloquence, Julien Sorel fait à son tour le procès de son époque. Il prend la défense d’une jeunesse dont le malheur est d’être née sans fortune. Il la voit condamnée à demeurer sans espoir, par la faute d’une poignée de notables jaloux de leurs privilèges.

 

C’est un discours sans appel qui lui aliène la sympathie du jury d’hommes alors qu’il émeut l’assemblée des femmes. Le prononcé de la peine capitale lui donnera raison. Il est condamné pour ce qu'il a dit...

 

Mais l’examen de conscience qu’il a mené ne l’épargne pas lui-même.

 

Regrets

Julien Sorel réexamine sa destinée à l’aune de sa mort. Qu’a-t-il fait de sa vie ?

 

Il éprouve des regrets d’avoir conçu de folles espérances en ce qui concerne sa fortune et son mariage. Pour lui, ce sont des erreurs de jugement à l’épreuve de ce qu’il vient de comprendre.

Il a sacrifié son bonheur à son ambition.

 

Il s’aperçoit qu’il est passé à côté de l’amour vrai, celui de madame de Rênal :

« L’ambition était morte en son cœur, une autre passion y était sortie de ses cendres ; il l’appelait le remords d’avoir assassiné madame de Rênal.

Dans le fait, il en était éperdument amoureux. Il trouvait un bonheur singulier quand, laissé absolument seul et sans crainte d’être interrompu, il pouvait se livrer tout entier au souvenir des journées heureuses qu’il avait passées jadis à Verrières ou à Vergy. Les moindres incidents de ces temps trop rapidement envolés avaient pour lui une fraîcheur et un charme irrésistibles. Jamais il ne pensait à ses succès de Paris ; il en était ennuyé. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Chapitre_LXIX

 

Dans son Donjon, Julien vit au jour le jour, dans un espace-temps rempli de bonheur et de paix, depuis qu’il reçoit la visite de celle à qui il avoue ses sentiments.

En retour, Madame de Rênal se consacre à lui. Ils vivent un bonheur vrai.

 

Julien accède à une sagesse, éloignée de l’absurdité et l’immoralisme du monde.

 

Julien est réconcilié avec lui-même. Il décide de mourir dignement. Il met en application le principe de Montaigne selon lequel, vivre, c’est apprendre à mourir. C’est ce qu’il fera avec courage en une belle journée.

« Jamais cette tête n’avait été aussi poétique qu’au moment où elle allait tomber. Les plus doux moments qu’il avait trouvés jadis dans les bois de Vergy revenaient en foule à sa pensée et avec une extrême énergie.

Tout se passa simplement, convenablement, et de sa part sans aucune affectation. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Chapitre_LXXV

 

Dans l’article suivant. Il vous sera proposé une synthèse de notre étude.

 

Repère à suivre : synthèse

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