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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Sur la trace d’un fait divers : l’étranger (Camus)

 

L’étranger de Camus met en scène un l’assassinat d’un Arabe par Meursault. Il s’avère que ce roman s’ouvre à l’intertextualité ainsi qu’à une recherche universitaire menée par Alice Kaplan qui a révélé l’existence d’un vrai fait divers…

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Albert Camus, Litteratus

 

 Repères : fait divers : présentation

Dans l’article précédent, il a été question de François Mauriac et de l’affaire Canaby, découvrons aujourd’hui le plus célèbre fait divers de la littérature : celui décrit dans l’étranger de Camus.

 

Fiction

On assiste au fait divers qui entre de lui-même dans la littérature par son caractère fictif. L’assassinat d’un « Arabe »par Meursault sur une plage d’Alger hante l’imaginaire collectif. On retient que le héros est condamné parce qu’il est un homme sans affects ainsi que la Gazette l’avait en son temps étudié. 

 

Il existe en France un attachement très particulier à ce classique (toujours best-seller en France) « qui n’a pas fini de dire tout ce qu’il à dire. »* 

 

Justement il existe dans ce roman des points qui n’ont jamais été relevés avant la publication de deux ouvrages majeurs qui sont venus bousculer le mythe. Il s’agit du roman de Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête (2014) et de l’essai intitulé, En quête de l’étranger d’Alice Kaplan (2016). Deux auteurs -non français- qui apportent un éclairage passionnant à cette œuvre.

 

Intertextualité

On se souvient que l’intertextualité signifie réécriture d’un mythe.

 

Dans son roman, Kamel Daoud affronte le fait divers le plus célèbre de l’histoire littéraire. Pour ce faire, il situe l’intrigue, non du point de vue de Meursault, mais du point de vue de Haroun, frère de la victime. Il entend raviver la mémoire de celui qui est passé par pertes et profits dans ce livre. Il lui rend justice en l’appelant par son prénom Moussa ; il met fin à l’impersonnalité de « l’Arabe » sous la plume de Camus.

 Il reste que ce roman est aussi une enquête d’abord sur le lieu, cette plage en plein soleil, devenue mythique et sur les circonstances banales de ce fait divers : « mais pourquoi donc Moussa, ce jour-là se trouvait-il sur la plage ? »  (page 73) 

Ce livre se présente également un questionnement sur l’Algérie post coloniale et sur les promesses non tenues de l’Indépendance. 

Il faut attendre l’essai d’une chercheuse américaine pour découvrir l’existence d’un vrai fait divers au soubassement du roman.

 

Vrai fait divers

Alice Kaplan* a révélé l’existence d’un fait divers similaire, sur une plage algérienne en 1938. On découvre le nom de l’Arabe, Kaddour Touil, qui s’est battu avec un ami de Camus, Raoul Bensoussan,  sans être mort ce jour-là ; il se mariera et de se lancera dans une carrière d’entrepreneur. On mesure donc l’insignifiance d’un fait divers et les surprises qu’il réserve une fois qu’il entre en littérature : la promesse d’une œuvre toujours vivante.   

     

Nous verrons dans prochains articles que le fait divers peut cesser d’être une source d’inspiration pour devenir un simple prétexte surtout lorsqu’il est créé de toute pièce à des fins particulières.

 

Sources :

*Italo Calvino, Pourquoi lire les classiques ? folio

Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, Actes Sud, (2014)

 Alice Kaplan, En quête de l’étranger, Gallimard, (2016) page 66

https://next.liberation.fr/livres/2016/09/23/l-etranger-familier_1507808

https://www.lexpress.fr/culture/livre/on-a-retrouve-l-arabe-de-l-etranger-d-albert-camus_1846970.html

 

Repère à suivre : le fait divers, prétexte à démonstration

 

 

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