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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Fait divers et exception de littérature

L’exception de littérature est le moyen invoqué par les auteurs pour justifier de leur liberté de création. Dans l’affaire DSK, fait divers célèbre, Régis Jauffret, poursuivi en diffamation, a développé cette argumentation qui ne sera pas retenue. Quelles sont donc les conséquences sur l’acte d’écrire ?

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 Repères : fait divers : étude

Dans l’article précédent, nous avons exposé le problème posé par le livre, La ballade de Rikers Island, de Regis Jauffret. Voyons aujourd’hui la réponse judiciaire* apportée. Nous avions déjà évoqué en son temps les rapports entre littérature et justice, nous progressons aujourd’hui avec le genre speecifique que constitue le roman non fictionnel.

 

L’exception de littérature

Regis Jauffret a soutenu qu’il n’avait pas choisi de thèses que ce soit sur la culpabilité ou non de DSK. Il a fait valoir qu’il a mis en relief au contraire différents points de vue sans en préférer un particulier. Il a conclu enfin sur l’exception de littérature. Il s’agirait pour lui de s’affranchir des contingences liées notamment à l’article 9 du Code civil qui protège la vie privée. Qu’entrant dans le champ d’une œuvre de l’esprit, l’auteur exerce sa plume dans une liberté de création et d’expression qui serait, d’après lui, sans limites. 

 

Culpabilité

Dans son jugement en date du 2 juin 2016, la 17e Chambre correctionnelle de Paris a reconnu l’évidence de l’identification entre le protagoniste de la ballade et DSK,  puis il a sanctionné Régis Jauffret, en relevant que la victime avait été atteinte dans sa considération et sa vie privée. La décision estime que l’écrivain a imputé la commission d’un viol à DSK, sans lui permettre de prouver la vérité, ce qui constitue une atteinte à son honneur. Pour ce faire, le tribunal s’est livré à une analyse littéraire du roman et a relevé 84 verbes entrant dans le champ lexical de la soumission. Par conséquent, l’auteur indépendamment de la qualification de « roman » a commis un acte de diffamation à l’encontre de Dominique Strauss Khan. 

 

Il a donc été condamné à une amende de 1.500 euros avec sursis, au versement de la somme de 15.000 euros de dommages et intérêts à la victime outre 10.000 euros au titre de son préjudice moral concernant certains passages du roman ainsi que 5.000 euros pour les propos tenus sur France Inter durant la campagne de promotion du livre. Enfin le tribunal a interdit la nouvelle édition, diffusion et commercialisation de l’ouvrage portant les passages incriminés. 

L’auteur a fait appel et la Cour d’appel de Paris a entièrement confirmé cette décision.  

 

Limitation

On voit donc que l’auteur n’est pas au-dessus des lois et que s’agissant d’une écriture sur le fait divers, des « précautions » s’imposent à lui. Il est certain qu’elles peuvent être considérées comme des limitations à l’acte d’écrire. 

On peut estimer, d’un côté, que la littérature perd ses lettres de noblesse pour faire l’objet d’un procès comme un autre alors qu’il s’agit de littérature. En outre, on peut conclure que le pouvoir judiciaire se livre ainsi à une forme de censure puisque le montant des dommages et intérêts qui est souvent élevé fragilise économiquement les maisons d’édition. 

On peut cependant estimer, d’un autre côté, que les écrivains agissent de manière périlleuse, en puisant dans des faits divers souvent en cours d’instruction ou dont le jugement n’est pas définitif. Ils prennent donc le risque de publier une œuvre inopportune. 

 

Ce que l’on peut dire c’est que la rédaction d’un roman non fictionnel nécessite de choisir une approche saine pour éviter de tomber sous le coup de la loi.  On peut considérer que le point de vue omniscient est à limiter, voire à proscrire, car il fait naître un sentiment de pseudo-vérité qui s’imposerait aux lecteurs au détriment de la réalité des faits vécus par les protagonistes de l’action. La confusion peut être un élément de mis en œuvre de la procédure judiciaire.

 

Le meilleur moyen serait celui d’adopter un point de vue résolument subjectif : le fait divers serait ainsi exposé à l’aune de ses propres réflexions, ce qui permet d’adopter un filtre, compris comme une saine distance. On voit donc que la prudence s’impose. En est-on au stade où un nouvel art d’écrire s’imposerait pour permettre à l’auteur d’échapper aux poursuites ?

 

Dans l’article suivant, nous reprendrons dans une synthèse les éléments détaillés dans le cadre de l’étude.

 

Sources :

 https://journals.openedition.org/recherchestravaux/971#ftn27

https://diacritik.com/2017/09/01/la-ballade-de-rikers-island-de-laffaire-dsk-a-laffaire-jauffret-crimes-ecrits-15/

https://www.lepoint.fr/culture/dsk-contre-jauffret-une-defaite-de-la-litterature-18-01-2014-1781661_3.php

 

 

Repère à suivre : la synthèse

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