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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Lorsqu’Aurore Dupin se trouve au cœur d’un conflit entre deux femmes

 

Aurore Dupin a vu son enfance perturbée par l'opposition entre sa mère et de sa grand-mère. Un conflit de loyauté entre ces deux attachements s'est fait jour.

aurore Dupin, George Sand, arbre généalogique, Dudevant

 

Repères :  George Sand : enfance

 

Dans l’article précédent, nous avons analysé l’importance de la jeunesse d’Aurore Dupin dans la construction de sa personnalité emblématique. Voyons, aujourd’hui, son enfance compliquée aux prises avec l’affection rivale de deux femmes, sa grand-mère, Marie-Aurore Dupin de Francueil et sa mère Sophie-Victoire. 

 

Décès

Cette circonstance terrible a été rendue possible par le décès brutal de Maurice, homme doublement adoré, par ces deux femmes. La grand-mère effectue alors un transfert d’affection sur celle dont la ressemblance avec son fils la trouble, sa petite-fille. La mère se trouve ainsi sous la dépendance économique de sa belle-mère. Malheureusement, il s’agit de deux femmes que tout oppose, l’origine sociale, la fortune et la culture.

 

Deux femmes

Marie-Aurore Dupin de Francueil n’a jamais accepté de partager l’affection de son fils surtout pour une femme de petite condition alors qu’elle-même est issue d’une illustre famille aristocratique. Dans ce contexte, elle cherche à donner à Aurore une éducation digne préalable à un beau mariage. Pour autant, cette aïeule se révèle curieusement acquise aux idées des Lumières et notamment de Voltaire. Ces deux inspirations passablement contradictoires servent de fondement à la formation intellectuelle de sa petite-fille. Cette dernière la craint avant de finir par l’admirer.

 

De son côté, Sophie-Victoire, fille d’un maître-oiseleur parisien, vit sous la totale sujétion de sa belle-mère à laquelle elle s’oppose néanmoins. 

« Ma mère ne se sentit jamais ni humiliée ni honorée de se trouver avec des gens qui eussent pu se croire au-dessus d’elle. Elle raillait finement l’orgueil des sots, la vanité des parvenus, et, se sentant peuple jusqu’au bout des ongles, elle se croyait plus noble que tous les patriciens et les aristocrates de la terre. Elle avait coutume de dire que ceux de sa race avaient le sang plus rouge et les veines plus larges que les autres, ce que je croirais assez, car si l’énergie morale et physique constitue en effet l’excellence des races, on ne saurait nier que cette énergie ne soit condamnée à diminuer dans les races qui perdent l’habitude du travail et le courage de la souffrance. »

Histoire de ma vie, 1ere partie, chapitre 21

https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_ma_vie_(Sand,_édition_Gerhard)/Texte_entier

 

C’est aussi une femme au caractère ombrageux qui est adorée littéralement par sa fille. Mais elle n’a pas les moyens de s’opposer aux vues de l’intraitable Marie-Aurore. Après de vaines luttes, elle capitule. Dans son recueil autobiographique, Histoire de ma Vie, George Sand évoque longuement une déchirure d’enfance qui la place à la confluence de l’affection contraire de ces deux femmes. 

 

Un abandon

Sophie-Victoire finit, en effet, par laisser la garde d’Aurore âgée de 7 ans à sa belle-mère en contrepartie du versement par cette dernière d’une rente. L’enfant ressent en mode majeur ce qu’elle considère comme un abandon. Elle vit à Nohant pendant que sa mère s’installe à Paris. Aurore en conçoit une tristesse immense. Retrouvons l’état d’esprit de la fillette : 

***

 

 « Enfin, les arrangements de famille furent terminés, et ma mère signa l’engagement de me laisser à ma grand’mère, qui voulait absolument se charger de mon éducation. J’avais montré une si vive répugnance pour cette convention qu’on ne m’en parla plus, du moment qu’elle fut adoptée. On s’entendit pour me détacher peu à peu de ma mère sans que je pusse m’en apercevoir ; et, pour commencer, elle partit seule pour Paris, (…)

Comme je devais aller à Paris quinze jours après avec ma grand’mère, et que je voyais même déjà préparer la voiture et faire les paquets, je n’eus pas trop d’effroi ni de chagrin. On me disait qu’à Paris je demeurerais tout près de ma petite maman et que je la verrais tous les jours. Pourtant, j’éprouvai une sorte de terreur quand je me trouvai sans elle dans cette maison qui recommença à me paraître grande comme dans les premiers jours que j’y avais passés. (…)

Cela me fit faire des réflexions, et je commençai à me tourmenter de l’absence de ma mère. Je ne fus pourtant alors que quinze jours séparée d’elle, mais ces quinze jours sont plus distincts dans ma mémoire que les trois années qui venaient de s’écouler, et même peut-être que les trois années qui suivirent, et qu’elle passa encore avec moi. Tant il est vrai que la douleur seule marque dans l’enfance le sentiment de la vie ! »

HDMV, 2epartie, chapitre XVI (edition de la Pléiade)

https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_ma_vie_(Sand,_édition_Gerhard)/Texte_entier

 

Repère à suivre : lorsqu’Aurore Dupin vivait en paysanne dans le Berry

 

 

 

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