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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les premiers moments de la baronne Dudevant à Paris 

George Sand a quitté le Berry pour vivre à Paris. Elle y retrouve ses amis du Berry qui lui ouvriront les portes du milieu littéraire.

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Repères :  George Sand  : vie littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons montré quels étaient les premiers écrits d’Aurore, voyons aujourd’hui les premiers pas de la baronne Dudevant à Paris. 

 

Janvier 1831

Elle arrive à Paris le 6 janvier 1831 et habite chez son frère qui partage avec Casimir l’idée que cette installation n’est qu’un simple caprice. Ils déchanteront vite. Pour l’heure, Aurore prend ses marques à Paris ainsi qu’elle le dit à sa mère dans sa lettre du 18 juillet 1831 :

 

« Ma chère petite maman, 

L’ami Pierret m’a lu ce matin le passage de votre lettre me concernant. Je vous remercie du désir que vous témoignez de me voir. Il est bien réciproque. Je compte rester ici deux mois au moins, ainsi je ne puis manquer de vous embrasser cette année. Je n’oserais pas vous prier d’avancer pour moi votre retour. Je craindrais trop de causer du chagrin à Caroline, si heureuse de vous avoir près d’elle. Elle me reprocherait peut-être de vous enlever. Ne croyez point, comme vous semblez le témoigner à notre ami Pierret, que j’éprouve aucun sentiment de jalousie envers ma sœur. Ce serait un sentiment bien bas. Je ne voudrais pas l’éprouver, quand même il s’agirait d’une personne indifférente, à plus forte raison à son égard. 

Vous demandez ce que je viens faire à Paris. Ce que tout le monde y vient faire, je pense : me distraire, m’occuper des arts qu’on ne trouve que là dans tout leur éclat. Je cours les musées ; je prends des leçons de dessin ; tout cela m’occupe tellement, que je ne vois presque personne. Je n’ai pas encore été à Saint-Cloud. Depuis plusieurs jours, c’est une partie arrangée avec Pierret ; mais le mauvais temps l’ajourne. Je n’ai pas vu non plus M. de Villeneuve, ni mes amies de couvent. Je n’ai pas le temps ; puis il faut faire des toilettes, un peu de cérémonie, et cela m’ennuie. Depuis si longtemps, je ne sais ce que c’est que la contrainte des salons. Je veux vivre un peu pour moi. Il en est temps.

Je reçois souvent des lettres de mon petit Maurice. Il se porte bien, ainsi que sa sœur. Maurice a un très bon instituteur, fixé près de lui pour deux ans au moins. Cette sécurité me donne un peu plus de liberté. Ne lui étant plus absolument nécessaire, je compte venir plus souvent à Paris que je n’ai fait jusqu’ici, à moins que je ne m’y ennuie, ce qui pourrait bien m’arriver. Jusqu’à présent, je n’en ai pas eu le temps, et, si je continue à m’y trouver bien, je ne retournerai chez moi qu’au commencement d’avril. (…)

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_1812-1876,_1/1831/LV

Sur les conseils de sa mère, elle adopte le pantalon et la jaquette pour lui économiser les frais de linge cher et couteux propre aux femmes. On sait que l’argent à son arrivée à Paris lui faisait défaut.

 

Cercle berrichon

À Paris, Aurore se rapproche naturellement de ses amis berrichons. Avec ce solide réseau, elle étend ses relations et rencontre ainsi Latouche, directeur du Figaro, fondé en 1826. Ce journal d’opposition, surveillé par les autorités, connaît un tirage encore confidentiel. Aurore y collabore en écrivant ses premiers articles qui sont rejetés sans pitié. 

« Delatouche avait acheté le Figaro, et il le faisait à peu près lui-même, au coin de son feu, en causant tantôt avec ses rédacteurs, tantôt avec les nombreuses visites qu’il recevait. Ces visites, quelquefois charmantes, quelquefois risibles, posaient un peu, sans s’en douter, pour le secrétariat respectable qui, retranché dans les petits coins de l’appartement, ne se faisait pas faute d’écouter et de critiquer.

J’avais ma petite table et mon petit tapis auprès de la cheminée ; mais je n’étais pas très assidue à ce travail, auquel je n’entendais rien. Delatouche me prenait un peu au collet pour me faire asseoir ; il me jetait un sujet et me donnait un petit bout de papier sur lequel il fallait le faire tenir. Je barbouillais dix pages que je jetais au feu et où je n’avais pas dit un mot de ce qu’il fallait traiter. Les autres avaient de l’esprit, de la verve, de la facilité. On causait et on riait. Delatouche était étincelant de causticité. J’écoutais, je m’amusais beaucoup, mais je ne faisais rien qui vaille, et au bout du mois, il me revenait douze francs cinquante centimes ou quinze francs tout au plus pour ma part de collaboration, encore était-ce trop bien payé. »

Histoire de ma vie, IVe partie chapitre 14

Repère à suivre : la question de l’écriture : les préjugés 


 

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