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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

George Sand et les désillusions 

La désillusion de George Sand verra son couronnement avec l'avènement de Napoléon III, la guerre franco-prussienne et la Commune.

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 Repères :  George Sand  : vie littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons abordé l’engagement de George Sand dans la révolution de février 1848 qui s’achève par les journées sanglantes de juin, sonnant le glas des aspirations sociales de la République. Voyons aujourd’hui le temps des désillusions avec l’avènement de Napoléon III, la guerre franco-prussienne et la Commune.

 

Le coup d’État 

Le coup d’État de Napoléon III au mois de décembre 1851 lui brise le cœur. Une nouvelle répression s’abat partout en France. Hugo s’exile pour vingt ans. Dans le Berry, la situation est identique. Certains de ses amis quittent le territoire. Pour George Sand, c’est aussi l’époque où elle subit un contrôle étroit par la police, son courrier est soit lu ou soit intercepté. Devant l’étendue de cette surveillance de tout instant, l’auteure s’oblige à l’autocensure pour ne pas indisposer inutilement les autorités. Il reste que sa position à l’égard du régime n’a rien de confortable.

 

On lui reproche de demeurer en France alors que d’autres choisissent l’exil. Elle s’en défend au nom des obligations de famille qu’elle a à sa charge. Pire, on lui fait grief des initiatives qu’elle prend pour obtenir la libération de ses amis. Femme généreuse, elle ne craint pas d’écrire, en effet, à Napoléon III dans ces termes :


AU PRINCE LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE,
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

 

Paris, 20 janvier 1852.

 

Prince, 

Je vous ai demandé une audience ; mais, absorbé comme vous l’êtes par de grands travaux et d’immenses intérêts, j’ai peu d’espoir d’être exaucée. Le fussé-je d’ailleurs, ma timidité naturelle, ma souffrance physique et la crainte de vous importuner ne me permettraient probablement pas de vous exprimer librement ce qui m’a fait quitter ma retraite et mon lit de douleur. Je me précautionne donc d’une lettre, afin que, si la voix et le cœur me manquent, je puisse au moins vous supplier de lire mes adieux et mes prières.

Je ne suis pas madame de Staël. Je n’ai ni son génie ni l’orgueil qu’elle mit à lutter contre la double force du génie et de la puissance. Mon âme, plus brisée ou plus craintive, vient à vous sans ostentation et sans raideur, sans hostilité secrète ; car, s’il en était ainsi, je m’exilerais moi-même de votre présence et n’irais pas vous conjurer de m’entendre.

Je viens pourtant faire auprès de vous une démarche bien hardie de ma part (…)

Prince, ma famille est dispersée et jetée à tous les vents du ciel. Les amis de mon enfance et de ma vieillesse, ceux qui furent mes frères et mes enfants d’adoption sont dans les cachots ou dans l’exil : votre rigueur s’est appesantie sur tous ceux qui prennent, qui acceptent ou qui subissent le titre de républicains socialistes. (…) »

La référence à Germaine de Staël, femme auteur à l’époque préromantique est habile : cette auteure avait résisté à Napoléon Ier, lequel l’avait contraint à l’exil. Adoptant un autre rapport avec le pouvoir, George Sand se présente donc en conciliatrice entre les deux camps. Elle prône aussi le retour en France de ses amis avec la loi d’amnistie de 1859. Elle fait figure d’avocat de ses frères, lesquels notamment Louis Blanc ne lui pardonneront pas de se compromettre avec le pouvoir en place. C’est la fin de l’expérience politique et républicaine. Mais les soubresauts de l’Histoire se poursuivent.

 

La guerre de 1870

C’est une blessure énorme pour George Sand qui affectionnait l’idéal germanique. Elle prend la plume pour évoquer les conséquences de cette guerre dans le Berry. La conscription est de retour. Les enfants du pays partent pour se battre sans savoir pourquoi. Ce sera le journal d’un voyageur pendant la guerre. C’est un texte pacifiste de toute beauté :

« Quelle année, mon Dieu ! et comme la vie nous a été rigoureuse ! La vie est un bien pourtant, un bien absolu, qui ne se perd ni ne diminue dans le sublime total universel. Les hommes de ce petit monde où nous sommes n’en ont encore qu’une notion confuse, un sentiment fiévreux, douloureux, étroit. Ils font un misérable usage des fugitives années où ils croient pouvoir dire moi, sans songer qu’avant et après cette passagère affirmation, leur moi a déjà été et sera encore un moi inconscient peut-être de l’avenir et du passé, mais toujours plus affirmatif et plus accusé.

Des milliers d’hommes viennent de joncher les champs de bataille de leurs cadavres mutilés. Chers êtres pleurés ! une grande âme s’élève avec la fumée de votre sang injustement, odieusement répandu pour la cause des princes de la terre. Dieu seul sait comment cette âme magnanime se répartira dans les veines de l’humanité ; mais nous savons au moins qu’une partie de la vie de ces morts passe en nous et y décuple l’amour du vrai, l’horreur de la guerre pour la guerre, le besoin d’aimer, le sentiment de la vie idéale, qui n’est autre que la vie normale telle que nous sommes appelés à la connaître. De cette étreinte furieuse de deux races sortira un jour la fraternité, qui est la loi future des races civilisées. Ta mort, ô grand cadavre des armées, ne sera donc pas perdue, et chacun de nous portera dans son sein un des cœurs qui ont cessé de battre. (…) 

https://fr.wikisource.org/wiki/Journal_d’un_voyageur_pendant_la_guerre

 

La Commune

Le 4 septembre 1870, la République est proclamée avec la chute de Sedan. Mais la guerre civile entre les Français prend le relais. On voit lutter les Parisiens s’opposant au traité de Paix avec l’Allemagne aux Versaillais, les tenants de l’abandon de l’Alsace et la Lorraine. Pour George Sand, la situation politique lui échappe. Depuis 1848, elle réprouve les bains de sang. Pour elle, Paris est devenu fou. Dans sa correspondance avec Flaubert, elle exprime sa douleur :

« (…) Ce n’est pas là ce qui me rend triste. Quand un arbre est mort, il faut en planter deux autres. Mon chagrin vient d’une pure faiblesse de cœur que je ne sais pas vaincre. Je ne peux pas m’endormir sur la souffrance et même sur l’ignominie des autres ; je plains ceux qui font le mal ; tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas intéressants du tout, leur état moral me navre. On plaint un oisillon tombé du nid ; comment ne pas plaindre une masse de consciences tombées dans la boue ? On souffrait moins pendant le siège par les Prussiens. On aimait Paris malheureux malgré lui, on le plaint, d’autant plus aujourd’hui qu’on ne peut plus l’aimer. Ceux qui n’aiment jamais se payent de le haïr mortellement. Que répondre ? Il ne faut peut-être rien répondre ! Le mépris de la France est peut-être le châtiment nécessaire de l’insigne lâcheté avec laquelle les Parisiens ont subi l’émeute de ces aventuriers. C’est une suite des aventuriers de l’Empire : autres félons, même couardise.

(…) »

Lettre à Flaubert du 28 avril 1871

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_1812-1876,_6/1871/DCCCIII

 

Dans l’article suivant, nous verrons le rapport que George Sand entretient avec la musique.

 

Repère : George Sand et la musique.

 

 

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