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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

George Sand et le voyage

George Sand a fait preuve de curiosité en voyageant en Europe. Elle a tiré de ses expériences de nombreux récits et mit ses pas dans la tradition littéraire avec ses fameuses lettres d'un voyageur.

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Valldemossa, Majorque

 

 Repères :  George Sand  : vie littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons vu le rapport qu’elle entretient avec le théâtre, découvrons son goût prononcé pour les voyages, ce qui n’est pas évident au XIXe siècle pour une femme. Mais on sait à quel point George Sand est non conformiste. 

 

Aventure

Voyager constitue bien au XIXe siècle une aventure. George Sand a ainsi attrapé la gale à 4 ans au retour d’Espagne avec ses parents. Elle aimera toujours le mouvement en dépit de l’inconfort des moyens de transport et des conditions de séjour auxquelles il faut s’habituer, sans parler des maladies contagieuses.

Mais qu’importe !

 

Fuite

On a relevé, au cours des articles passés, que ses amours jugées scandaleuses sont souvent la cause de voyages à l’étranger : ainsi Venise avec Musset et Majorque avec Chopin. Pour vivre avec l’homme qu’elle aime, elle ne voit pas d’autres solutions que de fuir Paris. On se souvient aussi que ces deux expériences n’ont pas été des séjours réussis sur le plan personnel. Il reste qu’elle tire parti de tout ce qui lui arrive. Elle écrit donc toujours et sous n'importe quelles latitudes. 

 

Un Hiver à Majorque, par exemple, comporte une analyse fine de la géographie et de l’histoire du pays outre une description des mœurs et de la politique. Rien n’échappe à ses yeux. Elle parcourt les lieux à pied, fouille le sol, regarde la manière dont il est exploité. C’est donc un texte quasi ethnologique qu’elle nous livre : 

« Dans nos provinces du centre, où l’agriculture est le plus arriérée, l’usage du cultivateur ne prouve rien autre chose que son obstination et son ignorance. À plus forte raison en est-il ainsi à Majorque, où l’agriculture, bien que fort minutieusement soignée, est à l’état d’enfance. Nulle part je n’ai vu travailler la terre si patiemment et si mollement. Les machines les plus simples sont inconnues ; les bras de l’homme, bras fort maigres et fort débiles, comparativement aux nôtres, suffisent à tout, mais avec une lenteur inouïe. Il faut une demi-journée, pour bêcher moins de terre qu’on n’en expédierait chez nous en deux heures, et il faut cinq ou six hommes des plus robustes pour remuer un fardeau que le moindre de nos portefaix enlèverait gaiement sur ses épaules.

Malgré cette nonchalance, tout est cultivé, et en apparence bien cultivé à Majorque. Ces insulaires ne connaissent point, dit-on, la misère ; mais au milieu de tous les trésors de la nature, et sous le plus beau ciel, leur vie est plus rude et plus tristement sobre que celle de nos paysans.

Les voyageurs ont coutume de faire des phrases sur le bonheur de ces peuples méridionaux, dont les figures et les costumes pittoresques leur apparaissent le dimanche aux rayons du soleil, et dont ils prennent l’absence d’idées et le manque de prévoyance pour l’idéale sérénité de la vie champêtre. C’est une erreur que j’ai souvent commise moi-même, mais dont je suis bien revenu, surtout depuis que j’ai vu Majorque.

Il n’y a rien de si triste et de si pauvre au monde que ce paysan qui ne sait que prier, chanter, travailler, et qui ne pense jamais. Sa prière est une formule stupide qui ne présente aucun sens à son esprit ; son travail est une opération des muscles qu’aucun effort de son intelligence ne lui enseigne à simplifier, et son chant est l’expression de cette morne mélancolie qui l’accable à son insu, et dont la poésie nous frappe sans se révéler à lui. N’était la vanité qui l’éveille de temps en temps de sa torpeur pour le pousser à la danse, ses jours de fête seraient consacrés au sommeil. »

Sand, Un hiver à Majorque 

https://fr.wikisource.org/wiki/Un_hiver_à_Majorque

Réconfort

Mais George Sand voyage aussi pour obtenir du réconfort lorsqu’elle s’ennuie, comme avec le périple en Auvergne ou lorsqu’elle a besoin de réconfort notamment avec le séjour en Suisse où elle retrouve Marie d’Agout et Franz Liszt après sa séparation avec Casimir. C’est également un moyen de ne pas sombrer dans la dépression : Manceau l’emmène en Italie après le décès tragique de Nini, sa petite-fille. Elle y recouvre la vitalité nécessaire à la reprise de son intense travail d’écriture.

George Sand a, en outre, mis ses pas dans un genre littéraire, celui des lettres de voyage, qui sont autant de prétextes à des méditations morales, philosophiques et esthétiques.

Genre littéraire

Les lettres d’un voyageur mettent en évidence l’immensité des préoccupations de George Sand. Sa curiosité est, en effet, insatiable. Elle se positionne comme une femme auteur dont le point de vue embrasse le monde. Elle en écrit ainsi 12.

Intéressons-nous à la dernière où elle règle ses comptes à un critique Nisard qui l’attaque sur l’immoralisme de Lélia. Elle y répond :

« Vous dites, monsieur, que la haine du mariage est le but de tous mes livres. Permettez-moi d’en excepter quatre ou cinq, entre autres Lélia, que vous mettez au nombre de mes plaidoyers contre l’institution sociale, et où je ne sache pas qu’il en soit dit un mot. Lélia pourrait aussi répondre, entre tous mes essais, au reproche que vous m’adressez de vouloir réhabiliter l’égoïsme des sens, et de faire la métaphysique de la matière. Indiana, ne m’a pas semblé non plus, lorsque je l’écrivais, pouvoir être une apologie de l’adultère. Je crois que dans ce roman (où il n’y a pas d’adultère commis, s’il m’en souvient bien), l’amant (ce roi de mes livres, comme vous l’appelez spirituellement) a un pire rôle que le mari. »

Lettres d’un voyageur, Sand 

https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_d’un_voyageur_(1869)/12

 

Dans l’article suivant, nous verrons justement les critiques des contemporains de George Sand qui ne l’ont pas épargnée. Heureusement, qu’elle peut compter sur le soutien d’amis chers.

 

Repère à suivre :  George Sand et ses contemporains.

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