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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

George Sand et la révolution de 1848 

George Sand a joué un rôle hors du commun pour une femme auteur lors de la révolution de 1848. Journaliste et plume du gouvernement provisoire, elle s'est lancée dans la bataille avant de connaître une franche désillusion.

 

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Pont de l'archevêché gardé par les troupes durant la révolution de 1848, Musée Carnavalet

Repères :  George Sand : vie littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons abordé les prémices de l’activité politiques de George Sand. Découvrons aujourd’hui son engagement dans la révolution de 1848 par l’intermédiaire de la presse.

 

République

Fin février 1848, Louis Philippe abdique, la capitale est à feu et à sang. Dès que ces évènements surgissent, George Sand court à Paris. Elle veut jouer un rôle actif depuis la proclamation de la République sociale. Des lois importantes sont votées, suffrage universel, l’abolition de l’esclavage, la réduction du temps de travail etc…Un gouvernement provisoire est nommé avec à sa tête notamment Lamartine et Ledru-Rollin.

 

George Sand arrive le 1ermars 1848 à Paris. Elle se grise de politique ; elle met sa plume à la disposition de la cause quitte à prêter le flanc à la critique. Elle n’est pas la seule, d’autres écrivains s’embrasent également pour ce mouvement, Hugo, Lamennais, Tocqueville seront même élus députés… 

 

George Sand sent que son rôle consiste à rallier la province aux élans de la capitale. Pour cela, elle doit convertir la société dont les paysans et les ouvriers à ce mouvement social. Elle écrit donc à tout va notamment cette lettre aux richesen date du 28 mars 1848 : 

« La grande crainte, ou le grand prétexte de l’aristocratie à l’heure qu’il est, c’est l’idée Communiste. S’il y avait moyen de rire dans un temps si sérieux, cette frayeur aurait de quoi nous divertir. Sous ce mot de Communisme, on sous-entend le peuple, ses besoins, ses aspirations. Ne confondons point : le Peuple, c’est le Peuple ; le Communisme, c’est l’avenir calomnié et incompris du Peuple. »

https://fr.wikisource.org/wiki/George_Sand_aux_riches

 

Lamartine

George Sand côtoie aussi Lamartine qui participe au gouvernement provisoire. Il instaure le drapeau tricolore après avoir désavoué le drapeau rouge. Cependant elle ne partage pas ses vues ainsi qu’elle lui écrit en avril 1848 :

« Monsieur, 

Je vous comprends bien. Vous ne songez qu’à éviter une révolution, l’effusion du sang, les violences, un avènement trop prompt de la démocratie aveugle et encore barbare sous bien des rapports. Je crois que vous vous exagérez, d’une part, l’état d’enfance de cette démocratie, et que, de l’autre, vous doutez des rapides et divins progrès que ses convulsions lui feraient faire. (…) »

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_1812-1876,_3/1848/CCLXXII

Et pourtant, il n’a pas tort, elle finit enfin par voir les menaces qui rôdent autour de cette révolution sociale…

La cause du peuple

George Sand crée un journal, la cause du peuple, qui paraît pour la première fois le 9 avril 1848 et qui n’aura que trois numéros. Elle y publie ses propres articles. Elle sent que l’unité autour de la révolution s’effrite pour des questions de personnes.

«  Si nous pouvions persuader la France entière de laisser de côté, pour toute une semaine, les questions de personnes et de consacrer cette semaine à l’examen des principes, si nous pouvions obtenir que des opinions sérieuses, sincères entièrement dégagées de personnalité, fussent exposées, écoutées, discutées tous les jours, sur tous les points de France, et dans toutes les assemblées populaires, nous croyons que cette semaine nous avancerait d’une année, que nos choix seraient ensuite plus rapides, nos élections plus faciles et le résultat plus significatif. »

La cause du peuple,éditorial, George Sand 9 avril 1848

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10733128/f7.image

 

Dans son journal, elle publie également un petit texte appelé, le roi attend. De quel roi s'agit-il ? Il s'agit de l’avènement d’un nouveau roi, le peuple. Cette pièce est jouée au Théâtre de la République le 9 avril 1848 :

 

« MOLIÈRE, absorbé.

Laisse-moi, Laforêt, ne m’éveille pas, je rêve encore ; mais, tout en rêvant, mon esprit se dégage de sa pesanteur et je sens enfler mon courage. Je vois bien un roi, mais il ne s’appelle plus Louis XIV ; il s’appelle le peuple ! le peuple souverain ! C’est un mot que je ne connaissais point, un mot grand comme l’éternité ! Ce souverain-là est grand aussi, plus grand que tous les rois, parce qu’il est bon, parce qu’il n’a pas d’intérêt à tromper, parce qu’au lieu de courtisans il a des frères… Ah ! oui, je le reconnais maintenant, car j’en suis aussi, moi, de cette forte race, où le génie et le cœur vont de compagnie. Quoi ! pas un seul marquis, point de précieuse ridicule, point de gras financier, point de Tartufe, point de fâcheux, point de Pourceaugnac ? Je te dis de ne me point éveiller, Laforêt, car je fais, cette fois, un bon rêve qui m’explique celui de tantôt. »

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Roi_attend

 

Les bulletins du gouvernement provisoire

À la demande de Ledru-Rollin, elle écrit aussi, sans les signer, des articles pour les bulletins du gouvernement du ministère de l’Intérieur. George Sand, qui sent que la révolution peut échouer, lance alors un vibrant appel à l’insurrection du peuple :

« (…) Les élections, si elles ne font pas triompher la vérité sociale, si elles sont l’expression d’intérêts d’une caste, arrachée à la confiante loyauté du peuple, les élections qui devaient être le salut de la République, seront sa perte, il n’en faut pas douter. Il n’y aurait alors qu’une voie de salut pour le peuple qui a fait les barricades, ce serait de manifester une seconde fois sa volonté et d’ajourner les décisions d’une fausse représentation nationale. »

Bulletin du gouvernement numéro 16du 15 avril 1848 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56085242.f79

 

Répression de juin 1848

La fermeture des ateliers nationaux, foyers de contestations sociales, entraîne un déchaînement de violence des ouvriers. Le sang coule à nouveau à Paris, car la répression de ces émeutes est impitoyable. Les idéaux de la révolution sociale prennent fin. C’est le temps de l’amertume pour George Sand qui rentre à Nohant. Au mois de décembre 1848, Louis Napoléon Bonaparte est élu président des Français. 

 

Sources : Michèle Perrot, George Sand à Nohant,Seuil 2018 pages 371-372

 https://gallica.bnf.fr/blog/12022018/george-sand-et-la-presse

 

 

Repère à suivre : le temps de l’amertume

 

 

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