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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Une soudaine et brutale révolte (Cendrars, Vuillard)

Le thème du populisme dans la littérature nous conduit aussi à examiner aujourd'hui le caractère soudain et brutal du soulèvement populaire. 

 

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Repères : thème du peuple : étude 

Il a été présenté dans l’article précédent la problématique de l’étude, qui se définit comme suit : comment décrire la colère du peuple et les ressorts populistes sous-jacents ?  Nous tenterons d’y répondre au travers de la lecture des deux romans suivants :

  • L’Or, de Blaise Cendras, roman publié en 1925
  • La guerre des pauvres, d’Éric Vuillard, récit publié en 2019.

 

Après avoir abordé la question du peuple évoqué par chacun des deux auteurs, nous étudierons le sujet de l’insurrection populaire. Découvrons son caractère soudain et brutal.

 

Seul contre tous

Dans le roman de Cendrars, on assiste à la soudaineté d’un soulèvement populaire. L’insurrection s’impose sans prévenir avec son cortège d’exactions. 

 

Si Suter a déjà dû supporter un certain nombre d’avanies de certains groupes indéterminés, il a toujours su se relever. Il n’a pas eu encore à affronter une révolte populaire dirigée contre lui. 

 

Au contraire, quelques mois plus tôt, des célébrations organisées autour de sa personnalité pionnière ont eu lieu. Tout semble le réjouir en ce jour de commémoration. Il reçoit de la ville en liesse le bâton de général, il défile, il écoute des discours élogieux. Tout le monde clame enfin le nom du héros du jour.

Cependant, Suter a un pressentiment ; il joue nerveusement avec sa bague dans laquelle il a fait graver :

« Le premier or-

Découvert en janvier 1848. »  (page 140)

 

L’homme a raison de s’inquiéter. Cette même foule est celle qui refuse les termes d’un jugement rendu en faveur de Suter. À tort, elle y voit une menace contre elle. Les évènements s’accélèrent. Comme une trainée de poudre, la nouvelle se répand et sous l’effet d’une colère attisée, un déchaînement de violence a lieu :

« Tout ce qui porte l’estampille, la marque Suter disparaît. On met le feu aux plantations, on ravage les vignobles. (…) Et la fureur destructrice de cette foule devient enragée, elle tue, elle casse, elle brûle, elle pille (…) »  (page 147) 

 

Lorsque ce dernier revient, il ne peut que constater que ses biens ont été détruits. Définitivement. 

« Cette fois-ci, tout est perdu :

Pour toujours. »  (page 147)

 

Il ne lui reste plus qu’à partir…

 

L’insurrection dans le récit d’Éric Vuillard est au pluriel même si le schéma est sensiblement le même. 

 

Des révoltes réprimées

Dans la guerre des pauvres, l’auteur invite plusieurs révoltes dans son récit. Il fait, en effet, un détour par l’Angleterre, pour lier cette insurrection à celles initiées deux siècles plus tôt, pour des raisons fiscales. À l’issue de la promulgation de lois, on voit ainsi un seul homme, souvent lettré, appeler le peuple au soulèvement. Des routes sont bloquées, des demeures pillées et brûlées avant que ces exactions ne soient durement réprimées. 

 

Dans le cas de Thomas Münzter, on retrouve le même schéma, celui d’un prêtre qui, à l’instar de Luther qu’il trouve trop tiède sur les questions de justice sociale, écrit des manifestes en appelant à l’opinion. Puis joignant le geste à la parole, il se fait prédicateur. Il se lance alors dans des provocations à l’attention de l’Église et des institutions locales. Se fondant sur des textes de l’Ancien Testament, il s’enferme dans un fanatisme qui le libère de toutes nuances : « Il faut tuer les souverains impies. »(page 41) Sa voix trouve un écho en Allemagne, en Alsace, en Bohème, au nord de l’Italie. On rase des châteaux, on détruit des remparts. Cette insurrection affole jusqu’à Rome. 

 

« Ainsi, des quatre coins de l’empire surgirent des hordes de misérables. Müntzer chantait, la foule venait.(…) Puis ce furent les ouvriers des villes, les fous, toute la paysannerie se souleva brusquement. (….) On vit ainsi toutes sortes de gens allant, allant deux ou trois, tout seuls aussi, partis sans bagages, sans rien. »  (page 60)

 

Partout, les armées des princes s’organisent. L’assaut est lancé sur cette armée de pauvre qui sera impitoyablement décimée tandis que Münzter sera décapité au milieu de la foule. Mais quel était le contenu du discours dans l’appel à l’insurrection ? Un franc rejet de l’élite et des structures sociales.

 

Repère à suivre : rejet des puissants et des structures sociales

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