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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L’émergence du peuple au XIXe siècle

Le concept de peuple cesse d'être une donnée négligeable ou une pure abstraction au XIXe siècle. On voit émerger une conscience populaire au cours de la Révolution industrielle : elle entend faire valoir ses propres aspirations...

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Repères : thème du peuple : présentation

Dans l’article précédent, il a été abordé la théorie d’un contrat social sous la plume de Rousseau qui permet l’émergence du concept de peuple. Il faut attendre le XIXe siècle pour arriver à la notion d’un peuple incarnée dans la réalité, et non plus dans des spéculations intellectuelles. La conscience du peuple naît véritablement au cours de la Révolution industrielle, celle qui entend faire valoir ses propres aspirations. 

Misérables

Après des siècles de discours sur le peuple réputé vil, on voit apparaître une littérature qui met les conditions de vie matérielles et morales au cœur de la narration. On pense aux Misérables de Hugo et aux Rougon-Macquart de Zola. Prenons la fin terrible de Gervaise dans l’Assommoir :

« Gervaise dura ainsi pendant des mois. Elle dégringolait plus bas encore, acceptait les dernières avanies, mourait un peu de faim tous les jours. Dès qu’elle possédait quatre sous, elle buvait et battait les murs. On la chargeait des sales commissions du quartier. Un soir, on avait parié qu’elle ne mangerait pas quelque chose de dégoûtant ; et elle l’avait mangé, pour gagner dix sous. M. Marescot s’était décidé à l’expulser de la chambre du sixième. Mais, comme on venait de trouver le père Bru mort dans son trou, sous l’escalier, le propriétaire avait bien voulu lui laisser cette niche. Maintenant, elle habitait la niche du père Bru. C’était là dedans, sur de la vieille paille, qu’elle claquait du bec, le ventre vide et les os glacés. La terre ne voulait pas d’elle, apparemment. Elle devenait idiote, elle ne songeait seulement pas à se jeter du sixième sur le pavé de la cour, pour en finir. La mort devait la prendre petit à petit, morceau par morceau, en la traînant ainsi jusqu’au bout dans la sacrée existence qu’elle s’était faite. Même on ne sut jamais au juste de quoi elle était morte. On parla d’un froid et chaud. Mais la vérité était qu’elle s’en allait de misère, des ordures et des fatigues de sa vie gâtée. Elle creva d’avachissement, selon le mot des Lorilleux. Un matin, comme ça sentait mauvais dans le corridor, on se rappela qu’on ne l’avait pas vue depuis deux jours ; et on la découvrit déjà verte, dans sa niche. »

 

Zola, l’Assommoir

https://fr.wikisource.org/wiki/L’Assommoir/Chapitre_XIII

 

 

Conscience

C’est aussi l’époque d’une prise de conscience par le Peuple de ses propres aspirations sociales et politiques. Ces revendications passent par la contestation du pouvoir en place tel que le décrit le personnage de Jules Vallès, Vingtras, qui devient un personnage important du gouvernement populaire de la Commune en 1870.

« Le père Mabille est un ancien ciseleur qui a perdu le tour de main de son état dans l’oisiveté cruelle de la détention, et qui s’est fait marchand des rues.

Mais, pendant les années de prison, il a étudié dans des bouquins empruntés à ses voisins de travée ; il a réfléchi, discuté, conclu. Son grand front ridé et dégarni raconte ses méditations ; ce vendeur d’éventails ou d’abat-jour — suivant la saison — a la face d’un philosophe de combat. S’il avait un habit noir sur le dos, on s’arrêterait devant ce haut vieillard et l’on saluerait sa tête grave.

— Qu’enseigne-t-il ? demanderaient les gens de la Sorbonne ou de la Normale.

Ce qu’il enseigne ? Sa chaire est ambulante comme sa vie ; elle est faite de la table sur laquelle il s’accoude, dans un cabaret pauvre, pour prêcher la révolte aux jeunes, ou d’un tonneau enlevé à la barricade et mis debout, pour qu’il y monte et harangue de là les insurgés.

 

Pas mal de ceux que je vois en vêtements misérables, beaucoup de ces crève-la-faim ont lu Proudhon et pesé Louis Blanc.

Chose terrible ! au bout de leurs calculs, à l’extrémité de leurs théories, c’est toujours une sentinelle d’émeute qui se tient debout !

— Il faut encore du sang, voyez-vous !

Et pourquoi ?

Pourquoi ces hommes qui vivent de rien, qui ont besoin de si peu, pourquoi ces espèces de vieux saints à la longue barbe et aux yeux doux, qui aiment les petits enfants et les grandes idées, imitent-ils les prophètes d’Israël, et croient-ils à la nécessité du sacrifice, à la fatalité de l’hécatombe ? »

Jules Vallès, L’Insurgé

 

https://fr.wikisource.org/wiki/L’Insurgé_(Vallès)/11

 

 

repère à suivre : glorification du peuple

 

 

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