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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Du Peuple à l’internationale ouvrière (Eugène Pottier)

 Le peuple dans la littérature nous conduit à évoquer non plus une unité, mais une classe sociale. Le peuple ouvrier entame sa lutte finale à l'effet de dépasser les frontières pour embrasser le genre humain...

 

 

Repères : thème du peuple : présentation

Dans l’article précédent, on a vu la glorification du peuple sous la plume de Péguy et le parfum de nationalisme de Barrès. 

Nous verrons que le peuple qui était un terme homogène, équivalent de Nation, représente essentiellement une classe sociale, celle du peuple ouvrier. Pour l’avènement de la lutte finale, ce n’est plus un peuple qui lutte, mais une internationale ouvrière qui dépasse les frontières. L’échelle du terme peuple s’accroît donc pour embrasser le genre humain.

Vous pourrez lire le texte de l’Internationale ouvrière écrite par Eugène Pottier en souvenir de la Commune.

L’INTERNATIONALE

Au citoyen Lefrançais, membre de la Commune.

 

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain

Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !

La raison tonne en son cratère :
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !

Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !

Pour que le voleur rende gorge, 
Pour tirer l’esprit du cachot, 
Soufflons nous-mêmes notre forge, 
Battons le fer quand il est chaud !

L’État comprime et la loi triche ;
L’Impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche ;
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle, 
L’Égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle
« Égaux, pas de devoirs sans droits ! » 

Hideux dans leur apothéose, 
Les rois de la mine et du rail
Ont-ils jamais fait autre chose
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffres-forts de la bande
Ce qu’il a créé s’est fondu
En décrétant qu’on le lui rende
Le peuple ne veut que son dû.

Les Rois nous soûlaient de fumées, 
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées, 
Crosse en l’air, et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales, 
À faire de nous des héros, 
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.


Ouvriers, paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,

L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais, si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins, disparaissent,
Le soleil brillera toujours !

C’est la lutte finale :
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain

Paris, juin 1871.

Eugène Pottier, l’Internationale

https://fr.wikisource.org/wiki/L’Internationale

repère à suivre : ce peuple, cet obscur objet de désir

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