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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Vision exclusive du peuple et démagogie chez les Grecs

La notion de peuple en Grèce se conçoit de manière exclusive. Le peuple exclut ainsi la majorité des habitants de la cité. Pour cette dernière, il lui faut un chef, un démagogue sans connotation péjorative. Plutarque rend ainsi compte du pouvoir accordé à Périclès.

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Repères : thème du peuple : présentation

 

Démocratie

Débutons notre présentation par l’Antiquité grecque, période incontournable pour le sujet qui nous occupe. Précisons que la démocratie s’exerce de manière directe, c’est-à-dire sans représentants. Les citoyens votent dans des assemblées publiques. Cette démocratie n’a évidemment rien à voir avec l’idée de la démocratie moderne. Pour quelles raisons ? La principale raison tient à la définition même du terme peuple. Cette notion exclut bon nombre des habitants de la cité : les métèques, les femmes et les esclaves. 

 

Démagogue

Il reste que ce peuple doit pouvoir être guidé. C’est ainsi que la Grèce a créé le concept de démagogue. Quel est son sens premier ? L’étymologie met en avant celui qui conduit le peuple.

Le démagogue exerce ainsi la fonction de conseiller du peuple. Évidemment, pour entraîner la conviction de ses pairs, il se doit d’être un excellent orateur et agir dans l’intérêt de la Cité. 

 

Périclès

Pourtant, les enjeux du pouvoir sont bien présents : voyons la lutte au Ve siècle avant J.-C. entre Cimon et Périclès sous la plume de Plutarque. On voit bien l’importance de plaire au peuple et de s’attirer ses faveurs. Comment ? En distribuant terres et argent. La représentation du peuple par le Gréco-romain Plutarque a pour objet de montrer sa versatilité, sa légèreté :

 

« Thucydide représente le gouvernement de Périclès comme une sorte d’aristocratie, à laquelle on donnait le nom de démocratie, mais qui était, dans le fait, une principauté régie par le premier homme de l’État. Suivant plusieurs autres, c’est Périclès qui introduisit la coutume de faire participer le peuple aux distributions des terres conquises, et de lui donner de l’argent pour assister aux spectacles et pour s’acquitter de ses devoirs civiques; ce qui le gâta, lui inspira le goût de la dépense, le poussa à l’insubordination, et lui fît perdre l’amour de la sagesse et du travail. La cause de ce changement ressort des faits mêmes. On a vu que Périclès, afin de placer son nom sans désavantage en regard de celui de Cimon, commença par s’insinuer dans les bonnes grâces du peuple. Mais Cimon, possesseur de grands biens et de revenus de toute espèce, les employait au soulagement des pauvres, tenait table ouverte à tous venants, habillait les vieillards ; et il avait même fait enlever les haies de ses propriétés, pour que tous ceux qui le voudraient pussent en aller cueillir les fruits. Périclès, moins riche, et qui se voyait inférieur en popularité pour ce motif même, eut recours à des largesses faites avec les deniers publics : ce fut par les conseils de Démonide d’Œa suivant Aristote. Il distribua à la multitude de l’argent pour assister aux spectacles, pour siéger dans les tribunaux, et d’autres salaires divers ; et bientôt le peuple fut séduit. Le peuple lui servit d’instrument contre l’Aréopage, dont il n’était pas membre, parce que jamais le sort ne l’avait désigné pour être archonte, thesmothète, roi des sacrifices, ni polémarque : offices qui, de toute ancienneté, étaient assignés par le sort, et qui faisaient entrer dans le conseil de l’Aréopage ceux qui les avaient remplis avec distinction. Profitant donc de la supériorité que lui donnait la faveur du peuple, Périclès porta le trouble dans le conseil, lui fit enlever, par l’entremise d’Éphialte, la connaissance de plusieurs espèces d’affaires ; et il fit bannir Cimon, par la voie de l’ostracisme, comme partisan des Lacédémoniens, et comme opposé de cœur aux intérêts du peuple ; Cimon, c’est-à-dire un des hommes les plus nobles par la naissance, un des plus riches citoyens d’Athènes, un général qui avait remporté sur les barbares les victoires les plus brillantes, et qui avait rempli la ville des trésors et des dépouilles des vaincus, comme je l’ai écrit dans sa Vie. Tant était grande sur la multitude l’influence de Périclès ! »

 

Plutarque, Vie des hommes illustres, Périclès

https://fr.wikisource.org/wiki/Vies_des_hommes_illustres/Périclès

 

 

Sources : 

https://www.persee.fr/doc/mots_0243-6450_1999_num_59_1_2554

 

 

 

repère à suivre : la représentation romaine du peuple

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