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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Geneviève, libératrice de Paris 

Paris dans la littérature ne pouvait pas passer sous silence l'existence d'une personnalité du Moyen-Âge connue alors dans toute l'Europe, Geneviève, patronne de la ville. Pourquoi  un tel rayonnement ? Une vie extraordinaire, un courage hors norme...

Une grande figure parisienne, Sainte Geneviève, libératrice de Paris thème littérature livres

Repères : thème de Paris : présentation

 

Dans l’article précédent, nous avons évoqué la ville gallo-romaine de Lutèce. Découvrons-la, sous son nom actuel. 

Précisons que la ville de Lutèce, autrement appelée civitas Parisiorum, donnera lieu par abréviation, au IVe siècle, à Paris. Retrouvons donc ce Paris en pleine invasion barbare et pour tout dire dans un véritable chaos. C’est une époque où les guerres dévastent les campagnes et où les villes tentent de se protéger. La peur et l’angoisse demeurent. Le tableau est bien sombre. Il reste que la religion chrétienne a essaimé dans tout l’Empire romain au point de s’adosser aux structures politiques de l’époque. Un personnage féminin fait figure d’héroïne dans ce contexte.

 

Geneviève

En 451, Paris est menacée par les Huns, venus d’Asie centrale. Une jeune chrétienne, Geneviève, convainc les Parisiens de prier pour que la ville soit épargnée. Loin de recueillir l’adhésion, cette demande lui attire au mieux bon nombre de moqueries au pire de vraies mésaventures. Quoi qu’il en soit, il s’avère qu’Attila choisit de contourner effectivement Paris pour rejoindre Orléans avant sa défaite aux champs catalauniques. Cette action de la Parisienne finit par lui valoir la reconnaissance de la population. Mais ce n’est point tout ; un autre malheur secoue encore la ville. 

 

Venue du nord-est de la France, une tribu menée, cette fois, par Childéric, roi des Francs, tente de s’imposer dans la région. Fin politique, ce barbare entretient de bonnes relations avec l’Église catholique. 

 

Eglise

Cette dernière cherche un chef politique compatible avec sa doctrine pour restaurer la paix. Elle voit donc paradoxalement d’un bon œil ce roi païen. Pourquoi ? Elle le juge ouvert à sa religion et surtout capable de lutter contre l’arianisme* qui a gagné l’Empire romain et qui constituele mal absolu à ses yeux. C’est ainsi que l’Église tend à se faire faiseuse de rois. 

 

Mais la chose est compliquée, car le pays se déchire entre les tenants de l’arianisme et les Francs. Paris se trouve divisée de la même manière par ce conflit. La situation s’embrase.

 

En 465, Paris est assiégée par Childéric, roi des Francs, puis par son fils Clovis. Ce siège tient 10 ans. Durant cette période, Sainte Geneviève joue le rôle d’intermédiaire entre les deux camps, tout en approvisionnant la cité en blé. La ville finit par capituler.

 

Entre-temps, l’Empire d’Occident s’effondre en 476 au cours du sac de Rome. L’Église accroît alors sa pression sur Clovis. Ce dernier résiste encore à sa conversion de peur de perdre le soutien de son peuple. Il finit par céder. Baptisé à Reims avec ses soldats, il choisit Paris pour capitale. Il s’y fait enterrer à proximité de Sainte Geneviève.

 

Erasme

Pour montrer l’importance de cette personnalité de tout premier plan au Moyen-Âge et les siècles à venir, nous avons recours à un humaniste flamand du XVIe siècle, Erasme. Étonnant ? Pas vraiment, si l’on considère que le culte qui est voué à Sainte Geneviève dépasse le royaume pour être reconnu partout en Europe à l’instar de Saint Martin. 

 

Le poète lui dédie ces vers à la suite de sa guérison. À la lecture de ce poème, on voit qu’il fait d’elle la patronne de Paris et partant de la France. Puissance évocatrice de la foi à l’image de la liberté des flots…

 

***

« Ô sainte Geneviève, à qui je m’étudie
D’offrir ces vers promis que mon cœur te dédie,

Favorise mes vœux, arrosant le canal 
De mon esprit tari, tant que d’un chant égal
À tes mérites saints, je raconte ton aide.
Donne m’en le pouvoir toi qui sûrement aides
Le peuple qui t’invoque en tous les saints endroits 
Par où s’étend la Foi et sceptre des Français.
Mais surtout celui-là t’est aimé par où Seine
Roulle ses flots mêlés avec la blanche areine,

De Marne qui l’accroit et l’accole à travers
Les vergers pommoneux, et parmi les près vers,
Et entre les couteaux renommés les plus nobles
En fertiles et beaux et généreux vignobles ;
Et par où ce grand fleuve et superbe et luisant
Va d’un cours plantureux les plaines arrosant
Qui foisonnent de fruits, et, tranchant la contrée,
Se hâte d’aller faire à Paris son entrée.
Paris, chef des cités, où du gauche côté
Ses ondes à l’approche adorent la cité
Où sur toutes parois l’église Notre-Dame ;

Et à coup se fendant, ses rives il entame
Et comme avec deux bras les serre étroitement,
Et d’un dévot replie se fléchit humblement
Devant la Vierge mère en sa plaisante islette
2,
Puis, retournant à soi d’une course plus preste,
Il vogue allègrement au très plaisant terroir
Où tu naquis heureuse en très heureux manoir,
Dans un petit village, heureux par ton issue,
Où se tournant en deux en passant il salue
Le Monastère saint sépulcre des grands Rois,
Sacré à saint Denis, apôtre des Gaulois.
Par ces vallons retors il se recourbe et erre,
Et se recôtoyant arrose enfin la terre
Des ondes qu’il répand des cornes de son front,
Et dirais que ses flots à regret s’en revont
3.

À bon droit les François honorent tous Nanterre,
Qui fait monstre aux passants au milieu de sa terre,
Ô sainte, de ton bers
4 et des saintes liqueurs
De la fontaine vive et propice aux langueurs5 :
Mais par sus tout Paris, peuplade nompareille,
Se sent infiniment heureuse par ta veille

Et patronage, ô vierge, ou c’est que de ta part
Avec la vierge mère un bonheur se départ
Sans qu’elle en soit en rien jalouse qu’avec elle
Tu face là-dedans garde perpétuelle.
Là bien haut élevée à la cime du mont,
Tu découvres de loin les plaines jusqu’au fond,
Et repousses les maux qui menacent la France.

(…) »

Vers d’Érasme à sainte Geneviève, traduit en
vers français par É. Le Lièvre
 (1611)1.

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Vers_à_sainte_Geneviève#ancrage_4

 

* hérésie chrétienne niant la consubstantialité divine du fils avec le père avant sa condamnation officielle au concile de Nicée en 325.

 

Sources 

http://monumentshistoriques.free.fr/personnages/childeric1er.html

http://www.ballade-medievale.fr/merovingiens/mer_2.htm

 

https://www.bu.edu/paris/files/2010/01/PARIS-ET-SON-HISTOIRE.pdf

https://www.unjourdeplusaparis.com/paris-reportage/histoire-sainte-genevieve-patronne-paris

https://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/159-clovis-et-le-bapteme-de-la-france.html

 

repère à suivre : Paris, capitale du royaume de France

 

 

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