Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le Paris de la haute société

Paris dans la littérature nous conduit à observer la haute société du XVIIIe siècle. Bienvenue dans les salons, les cafés et les clubs parisiens ! Bouillonnement intellectuel et culturel, prémices d'une révolution. Lorsque Paris brillait de tous ses feux...

 

 

 

 

Paris, thème, haute société, 18e siècle, salons littéraires, clubs, cafés, révolution

 

Repères : thème de Paris : présentation

 

Dans l’article précédent, nous étions dans le Paris des bas-fonds avec François Villon, tournons-nous vers le Paris de la haute société. Remontons l’échelle du temps pour arriver au XVIIIe siècle. 

 

Déclin de Versailles

À la mort de Louis XIV, la Cour de Versailles, qui a longtemps attiré l’élite de la Nation, cesse d’être le centre de gravité intellectuel. Les auteurs souhaitent pouvoir vivre de leur plume, s’affranchissant des contraintes de la vie à Versailles qu’ils désertent. Le mouvement des idées se fait surtout contre la Cour. Et pour cela, une distance de quatre lieues (soit 16 km) s’impose pour pouvoir s’exprimer. On demeure néanmoins soumis à un régime de censure que ce soit par arrêt du roi ou du Parlement.

C’est donc à Paris que se trouve l’effervescence intellectuelle de l’époque. Nous allons aborder Paris et ses salons, ses cafés et ses clubs.

 

Salons parisiens

Il s’agit d’évoquer les salons parisiens tenus au XVIIIe siècle par des femmes célèbres. 

Ainsi madame de Lambert, une femme de Lettres, est une « salonnière », terminologie inusitée depuis. Chez elle, on discute de littérature, de sujets philosophiques et scientifiques entre honnêtes gens. Son salon se situe à l’hôtel de Nevers, dans le 2earrondissement actuel de Paris (rive droite). Fontenelle a fait l’éloge de son hôtesse dans ces termes :

 

« (…) C’était la seule, à un petit nombre d’exceptions près qui se fût préservée de la maladie épidémique du jeu ; la seule où l’on trouva pour se parler raisonnablement les uns et les autres, et même avec esprit selon l’occasion. (…) »

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k454791r/f402.image

 

Le salon de Madame de Tencin reçoit aussi rue Saint-Honoré les habitués des mardis de madame de Lambert. Elle aimait par-dessus tout les discussions philosophiques. 

 

D’autres salons s’ouvrent aussi Rive gauche. Celui de madame du Deffand est situé dans le 7e arrondissement, 10-12 rue Saint-Dominique. Cette personnalité célèbre reçoit tous les personnages brillants de son temps, dont Voltaire avec lequel elle a entretenu une longue correspondance. On perçoit la neurasthénie qui ronge cette femme désabusée et par ailleurs bien exigeante avec ses contemporains. C’est une aristocrate qui s’ennuie et qui a besoin de se distraire. Elle sera comblée par la société de choix réuni autour d’elle, même si elle ne s’en rend guère compte.

 

« Dormez-vous, monsieur ? Pour moi je ne ferme pas l’œil et cette manière d’allonger ma vie me déplait fort. Je vous ai l’obligation de me faire souvent prendre mon mal en patience ; c’est à vous que j’ai recours quand je ne sais plus que devenir ; je regrette toute autre ressource ; il n’y a point de lecture qui ne me fatigue au bout d’une demi-heure ; je lis, je rejette tout, et je demande du Voltaire. (…) »

Lettre 270 du 13 décembre 1768

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k206388r/f766.image

 

Voltaire lui présente Émilie du Châtelet, femme de sciences et son amante, espérant la création de liens d’amitié entre elles. En vain, ces deux personnalités qui sont contraintes de se fréquenter ne s’aiment guère. Mais c’est avec une autre que madame du Deffand se brouille, Julie Lespinasse. Son ancienne demoiselle de compagnie se pique, en effet, d’ouvrir elle-aussi un salon. Elle y accueille d’Alembert, Condillac, Condorcet et Turgot au 6 rue St Dominique. Voyez le jugement d’un éminent historien : 

 

« Il est permis de soupçonner une vague intention de défi, ou tout au moins quelque malice, dans le choix du logis où Mlle de Lespinasse, au lendemain de sa brouille avec la marquise du Deffand, fixa le siège de sa célébrité naissante et, comme dit un contemporain, « ouvrit boutique de bel esprit. » A cent mètres à peine du monastère de Saint-Joseph, dans la même rue Saint-Dominique, se trouvait une petite maison qui faisait face au couvent de Bellechasse, au coin de la rue du même nom ; le sieur Messager, « maître menuisier à Paris, » en était le propriétaire. C’est là que s’installa Julie, porte à porte, pour ainsi dire, avec son ancienne protectrice. »

Ségur, Julie de Lespinasse, revue des Deux Mondes

https://fr.wikisource.org/wiki/Julie_de_Lespinasse_(RDDM)/03

 

Il reste que la tradition des salons et des cercles se poursuivra au XIXe siècle.

 

Cafés

Voyons maintenant les cafés parisiens, endroits en vogue dès la fin du XVIIe siècle. On pense au fameux Procope ouvert en 1695 par un Sicilien. Il est situé dans le 6e arrondissement, 13 rue de l’ancienne comédie. Le café est un lieu d’échanges intellectuels. Fontenelle, Piron, Voltaire et Diderot les fréquentent. Mais c’est sous la plume ironique de Montesquieu que l’esprit du café parisien se dessine : jeux, joutes verbales, disputes, etc. :

 

"Le café est très en usage à Paris : il y a un grand nombre de maisons publiques où on le distribue. Dans quelques-unes de ces maisons, on dit des nouvelles ; dans d’autres, on joue aux échecs. Il y en a une où l’on apprête le café de telle manière qu’il donne de l’esprit à ceux qui en prennent : au moins, de tous ceux qui en sortent, il n’y a personne qui ne croie qu’il en a quatre fois plus que lorsqu’il y est entré.

Mais ce qui me choque de ces beaux esprits, c’est qu’ils ne se rendent pas utiles à leur patrie,  et qu’ils amusent leurs talents à des choses puériles. Par exemple, lorsque j’arrivai à Paris, je les trouvai échauffés sur une dispute la plus mince qu’il se puisse imaginer : il s’agissait de la réputation d’un vieux poète grec dont, depuis deux mille ans, on ignore la patrie, aussi bien que le temps de sa mort. Les deux partis avouaient que c’était un poète excellent : il n’était question que du plus ou du moins de mérite qu’il fallait lui attribuer. Chacun en voulait donner le taux ; mais, parmi ces distributeurs de réputation, les uns faisaient meilleur poids que les autres : Voilà la querelle ! Elle était bien vive, car on se disait cordialement, de part et d’autre, des injures si grossières, on faisait des plaisanteries si amères, que je n’admirais pas moins la manière de disputer, que le sujet de la dispute. Si quelqu’un, disais-je en moi-même, était assez étourdi pour aller devant un de ces défenseurs du poète grec attaquer la réputation de quelque honnête citoyen, il ne serait pas mal relevé ; et je crois que ce zèle si délicat sur la réputation des morts, s’embraserait bien pour défendre celle des vivants ! Mais, quoi qu’il en soit, ajoutais-je, Dieu me garde de m’attirer jamais l’inimitié des censeurs de ce poète, que le séjour de deux mille ans dans le tombeau n’a pu garantir d’une haine si implacable ! Ils frappent à présent des coups en l’air. Mais que serait-ce si leur fureur était animée par la présence d’un ennemi ?

Ceux dont je te viens de parler disputent en langue vulgaire ; et il faut les distinguer d’une autre sorte de disputeurs, qui se servent d’une langue barbare qui semble ajouter quelque chose à la fureur et à l’opiniâtreté des combattants. Il y a des quartiers où l’on voit comme une mêlée noire et épaisse de ces sortes de gens ; ils se nourrissent de distinctions ; ils vivent de raisonnements et de fausses conséquences. Ce métier, où l’on devrait mourir de faim, ne laisse pas de rendre. On a vu une nation entière, chassée de son pays, traverser les mers pour s’établir en France, n’emportant avec elle, pour parer aux nécessités de la vie, qu’un redoutable talent pour la dispute. Adieu.

À Paris, le dernier de la lune de Zilhagé, 1713. »

Montesquieu, les Lettres persanes, Lettre XXXVI

https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_persanes/Lettre_36

 

À côté, des salons et cafés, l’esprit de Paris se dessine au travers de ses clubs.

 

Clubs

Les écrivains se retrouvent aussi dans un autre type de société d’inspiration anglaise : le club. Le premier cercle, celui de l’Entresol, a été créé par l’abbé Alary à l’entresol justement de l’hôtel du Président Hénault. Une vingtaine de membres cooptés se rencontrent le samedi pour discuter littérature, mais également économie et politique. Il est situé au 82 rue François Miron dans le 4earrondissement. Montesquieu y est admis après le succès des Lettres persanes. Mais devant la tenue de libres propos, le pouvoir finit par interdire les réunions à partir de 1731.

 

Le renouveau des clubs a lieu durant la Révolution française. Le club des Cordeliers (14arrondissement) et surtout le célèbre club des Jacobins (1e arrondissement) composés de Girondins et de Montagnards qui discutent de la nouvelle constitution en devenant une institution parallèle à la Convention. Robespierre tient de maître ce club, en écartant tous les opposants. Il a la particularité de fédérer 6000 clubs répartis sur le territoire, préfiguration des comités du salut public. On retrouve encore le phénomène de clubs en 1870 avec l’épisode de la Commune. La comparaison entre les deux types de clubs est établie par un historien : 

 

«  Nous n’avons donc rien qui ressemble à ce club des jacobins de dictatoriale mémoire où les membres du comité de salut public venaient prendre le mot d’ordre du « peuple, » où l’on proposait les « moyens révolutionnaires, » que la convention terrorisée, s’empressait ensuite de décréter, où l’on dressait la liste des suspects, des accapareurs et des agents de Pitt et de Cobourg, que le tribunal révolutionnaire se chargeait de son côté d’envoyer à la guillotine. Aucun club, pas même le club de la salle Favié à Belleville ou le club de la Patrie en danger, que présidait naguère M. Blanqui, n’a obtenu la survivance du Club des Jacobins. Cela tient sans doute un peu aux souvenirs que le gouvernement de la démagogie a laissés à la population parisienne, cela tient probablement plus encore à ce que le gouvernement de la défense nationale n’est point à la merci des masses populaires comme l’était la convention dominée par là commune.

 Les Clubs pendant le siège de Paris, G. Molinari, Revue des Deux Mondes, 1870
 

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Clubs_de_Paris_pendant_le_siège

 

On voit donc le bouillonnement intellectuel qui résonne dans Paris.

 

Qui dit embrasement dit aussi révolutions…

 

Dans l’article suivant, nous viendrons justement sur les embrasements politiques que Paris a connus de 1789 à 1870.

 

Sources : 

Castex et Surer XVIIIe siècle

Lagarde et Michard XVIIIe siècle

https://gallica.bnf.fr/essentiels/repere/salon-mme-lambert-1710-1733

http://www2.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=CHERCHER&FIELD_1=REF&VALUE_1=PA00086313

https://gallica.bnf.fr/essentiels/repere/clubs-revolutionnaires

 

repère à suivre : Paris et ses révolutions

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article