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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Ville de Paris : vision critique

Paris, ce n'est pas la France ! La province se sent injustement dépossédée de son importance par rapport à une capitale qui attire tous les regards. Retrouvons les critiques de Paris sous la plume de Rousseau et de Rétif de la Bretonne.

Paris et le thème de la ville : vision critique, Rousseau, Rétif de la Bretonne

Repères : thème de Paris : présentation

 

Dans l’article précédent, nous avons vu que les couleurs de Paris ont permis de composer le drapeau tricolore. Découvrons aujourd’hui Paris comme incarnation de la ville. Ce thème entre paradoxalement dans le champ de la littérature par l’entremise des romantiques au XIXe siècle. On part de l’antithèse ville/campagne pour assister à l’émergence de la ville, comme sujet autonome.

 

Dans cet article, nous pourrons constater que la capitale fait naître des critiques de la part de bon nombre d’auteurs. Dans cette optique, deux illustrations vous seront proposées : la vision de Rousseau et celle de Rétif de la Bretonne.

 

Rousseau

Dans la Nouvelle Héloïse, Rousseau oppose la vie factice à Paris à la vérité de la campagne. Au livre II, Saint-Preux, amant de Julie, arrive dans la capitale ; il révèle à sa maîtresse ses impressions et juge les mœurs parisiennes. Il y dénonce notamment l’insincérité du Parisien :

 

« J’entre avec une secrète horreur dans ce vaste désert du monde. Ce chaos ne m’offre qu’une solitude affreuse où règne un morne silence. (…) Je n’entends point la langue du pays, et personne ici n’entend la mienne. (…)

Il y a pourtant de la réalité à tout cela ; car le Français est naturellement bon, ouvert, hospitalier, bienfaisant ; mais il y a aussi mille manières de parler qu’il ne faut pas prendre à la lettre, mille offres apparentes qui ne sont faites que pour être refusées, mille espèces de pièges que la politesse tend à la bonne foi rustique. Je n’entendis jamais tant dire : « Comptez sur moi dans l’occasion, disposez de mon crédit, de ma bourse, de ma maison, de mon équipage. » Si tout cela était sincère et pris au mot, il n’y aurait pas de peuple moins attaché à la propriété ; la communauté des biens serait ici presque établie : le plus riche offrant sans cesse, et le plus pauvre acceptant toujours, tout se mettrait naturellement de niveau, et Sparte même eût eu des partages moins égaux qu’ils ne seraient à Paris. Au lieu de cela, c’est peut-être la ville du monde où les fortunes sont le plus inégales, et où règnent à la fois la plus somptueuse opulence et la plus déplorable misère.Il n’en faut pas davantage pour comprendre ce que signifient cette apparente commisération qui semble toujours aller au-devant des besoins d’autrui, et cette facile tendresse de cœur qui contracte en un moment des amitiés éternelles.(…)

Il y a ainsi un petit nombre d’hommes et de femmes qui pensent pour tous les autres, et pour lesquels tous les autres parlent et agissent ; et comme chacun songe à son intérêt, personne au bien commun, et que les intérêts particuliers sont toujours opposés entre eux, c’est un choc perpétuel de brigues et de cabales, un flux et reflux de préjugés, d’opinions contraires, où les plus échauffés, animés par les autres, ne savent presque jamais de quoi il est question. (…) 

Telle est l’idée que je me suis formée de la grande société sur celle que j’ai vue à Paris ;  (…) »

 

Julie ou la Nouvelle Héloïse, Rousseau, partie 2, lettre XIV

https://fr.wikisource.org/wiki/Julie_ou_la_Nouvelle_Héloïse/Deuxième_partie

 

Un autre auteur dresse un tableau saisissant de Paris où l’on s’éloigne de l’idéal d’une ville, haut lieu d’une civilisation : Rétif de la Bretonne.

 

 

Rétif de la Bretonne

La capitale à la veille de la Révolution prend la forme d’un lieu perdu, singulier, où le vice côtoie la violence (prostitution, vols, duels etc.). Il s’agit d’un Paris nocturne décrit par le narrateur qualifié de « Hibou-Spectateur ». Les Nuits de Paris prennent la forme d’une dénonciation morale ainsi que l’auteur nous l’indique dans l’extrait qui suit : 

 

« (…) J’errais, seul, pour connaître l’Homme… Que de choses à voir, lorsque tous les yeux sont fermés ! Citoyens paisibles ! J’ai veillé pour vous ; j’ai couru seul les nuits pour vous ! Pour vous, je suis entré dans les repaires du vice et du crime ; je vais vous vendre ses secrets… (…)

Mon Lecteur, j’écris pour être votre ami ; pour vous dire des choses, et non pour vous faire entendre des sons. Vous allez voir, dans cet ouvrage véhément, passer en revue les abus, les vices, les crimes ; les vicieux, les coupables, les scélérats, les infortunées victimes du sort et des passions d’autrui : ceux et celles qui, n’ayant rien à se reprocher, sont déshonorés par le crime qu’ils n’ont pas commis. Vous y verrez des filles, des femmes, des catins, des espions, des joueurs, des escrocs, des voleurs. Vous y verrez des actions secrètes ou généreuses, qui relèvent l’Humanité, qui la rapproche de son divin Auteur. (…) »

Rétif de la Bretonne, les nuits de Paris, première nuit

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6423512k/f16.image

 

Ce Paris-là est la préfiguration du Paris des surréalistes ainsi que nous le verrons spécifiquement dans notre étude.

 

Il reste que la capitale est aussi objet de glorification au XIXe siècle, ainsi qu’il sera indiqué dans le prochain article.

 

 

Sources : 

https://www.erudit.org/fr/revues/etudfr/1988-v24-n3-etudfr1061/035765ar.pdf

https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1994_num_24_83_5934

 

repère à suivre : vision glorifiante de Paris 

 

 

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