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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Paris, capitale du royaume de France

 Paris n'a pas toujours été la capitale du Royaume. Il faut attendre Philippe Auguste pour la voir qualifiée de première ville de France. Découvrons les raisons et les conséquences de ce choix politique.

Paris, la capitale du royaume de France
Le Louvre

Repères : thème de Paris : présentation

 

Dans l’article précédent, nous avons vu le rôle de libératrice de Paris joué par Sainte Geneviève dans la complexité du chaos causé par la chute de l’Empire romain d’Occident. Il reste que le Paris des Mérovingiens n’est pas un centre administratif ou politique. Ce sera la même chose pour les Carolingiens qui ont été à l’origine du système féodal. 

 

Féodalité

Le IXe siècle voit l’essor de la féodalité du fait de l’étendue du territoire carolingien imposant un découpage en régions, en contrées ou en districts. Il faut s’assurer de la fiabilité du personnel ; on fait appel à une tradition germanique pour mettre en place un nouveau système politique. C’est ce que l’on nomme le système féodal. Il repose sur le fait que chaque vassal rend hommage à un suzerain. Cela signifie que les relations entre le vassal et le seigneur sont intrapersonnelles, chacun tirant de l’autre des droits et obligations réciproques (terres, revenus, fournitures d’hommes, impôts, etc.)

 

L'État est par la suite morcelé en un grand nombre d'unités autonomes se faisant malheureusement la guerre.

 

Domaine royal

Dans ce contexte, le roi de France règne sur son domaine, qui est composé de terres dont il est le seigneur et tire aussi des revenus. La ville de Paris se situe dans ce périmètre, mais sans encore jouer un rôle capital. 

 

Du IXe siècle au XIIe siècle, le roi est moins puissant que les grands seigneurs qui sont pourtant ses vassaux. Il faut attendre Suger, le célèbre ministre de Louis VI, pour permettre doctrinalement au roi de renforcer son pouvoir. Il mettra ainsi à néant l’adage selon lequel le vassal de mon vassal n’est pas mon vassalpour justement installer le roi en haut de la pyramide féodale.

 

C’est dans ces conditions quele roi finit par s’imposer. Il utilise les règles du droit féodalet les règles du droit privé (mariage, succession et autres…) pour agrandir son domaine. Le premier rebâtisseur du royaume n’est autre que Philippe II Auguste (1165-1223). Découvrons le personnage.

 

Philippe Auguste

Avant Philippe Auguste, Paris n’est encore qu’une principauté presque comme les autres. C’est lui qui lui donne le statut de capitale du royaume. 

 

Alors que l’administration était itinérante au temps de l’époque féodale, elle se fixe à Paris au Palais de la Cité à la fin du XIIe siècle. L’administration royale devient ainsi centralisée avec un personnel spécialisé. 

 

Le roi fait aussi construire un palais connu sous le nom du Louvre. Il favorise enfin l’essor de l’Université et garantit aux étudiants un privilège de juridiction : ils échappent aux tribunaux du droit commun pour être soumis à la juridiction ecclésiastique. Nous verrons l’importance de ce point avec Villon dans l’article suivant. Il reste enfin tristement célèbre pour l’édiction d’un édit particulier…

 

Juifs

Roi Catholique, il voit dans les juifs du royaume des ennemis de la foi, mais aussi des concurrents à la bourgeoisie commerçante au temps où le prêt à intérêt était interdit aux chrétiens. Ses préjugés suivent en cela l’enseignement des Pères de l’Église (St Augustin, St Jean Chrysostome) et la pratique mérovingienne depuis Clovis.

 

C’est dans ces conditions qu’il proclame un édit en 1182bannissant les juifs de son royaume. Il décrète la spoliation de leurs biens immobiliers. Les juifs de Paris doivent quitter l’île de la Cité où ils sont regroupés. 

 

Voyons de quelle manière la chronique de cet édit est rapportée par le moine Rigord, hagiographe officiel du règne. 

 

Il s’agit d’un texte argumentatif direct qui justifie l’antisémitisme pour des motifs religieux. Rigord reste dans le lexique liturgique avec ses références à un Dieu vengeur, au Christ et à la Vierge Marie. L’auteur oppose ainsi la sainteté, la mansuétude, l’inflexibilité du roi à la perfidiedes juifs, coupable d’aveuglement vis-à-vis de la nouvelle foi. Dans son esprit, le jeune souverain accomplit donc une mission divine. 

 

Notons que Philippe Auguste revient sur cet édit en 1198, compte tenu de l’impact économique désastreux pour son royaume. Pourtant, jamais les bannis d’alors ne recouvrent leurs anciennes possessions. Ils sont au contraire fragilisés par l’étroite surveillance dont ils seront l’objet. Cette stigmatisation est aggravée par des règlementations et des taxes discriminatoires. 

***

 

« L'an 1182 de l'Incarnation du Seigneur, dans le mois d'avril, nommé nisan chez les Juifs, le sérénissime roi Philippe Auguste rendit un édit qui donnait aux Juifs jusqu'à la Saint-Jean suivante, pour se préparer à sortir du royaume.Le roi leur laissa aussi le droit de vendre leur mobilier jusqu'à l'époque fixée, c'est-à-dire la fête de saint Jean. Quant à. leurs domaines, tels que maisons, champs, vignes, granges, pressoirs et autres immeubles, il s'en réserva la propriété pour ses successeurs au trône de France, et pour lui.Quand les perfides Juifseurent appris la résolution du monarque, quelques-uns d'entre eux, régénérés par les eaux du baptême et par la grâce du Saint-Esprit, se convertirent à Dieu, et persévérèrent dans la foi de notre Seigneur Jésus-Christ. Le roi, par respect pour la religion chrétienne, fit rendre à ces néophytes tous leurs biens, et leur accorda une entière liberté. D'autres, fidèles à leur ancien aveuglement, et contents dans leur perfidie, cherchèrent à séduire par de riches présents et par de belles promesses les princes de la terre, les comtes, barons, archevêques et évêques, voulant essayer si, à force de conseils, de remontrances et de promesses brillantes, leurs protecteurs ne pourraient pas ébranler les volontés irrévocables de Philippe. Mais le Dieu de bonté et de miséricorde, qui n'abandonne jamais ceux qui espèrent en lui, et qui se plaît à humilier ceux qui présument trop de leur puissance, avait versé du haut du ciel les trésors de sa grâce dans l’âme du roi, l'avait éclairée des lumières du Saint-Esprit, échauffée de son amour, et fortifiée contre toutes les séductions des prières et des promesses de ce monde. Et je dois rendre ici témoignage à la vérité, c'est à Philippe qu'on peut appliquer justement cet éloge que l'on donne à sainte Agathe. Il eût été plus facile d'attendrir les rochers et de changer le fer en plomb, que de faire renoncer l’âme du roi très chrétien à la résolution que Dieu lui avait inspirée.

Les Juifs infidèles voyant le peu de succès de leurs démarches, et ne pouvant plus compter sur l’influence des grands, qui leur avait toujours servi jusqu'alors à disposer à leur gré de la volonté des rois, ne virent pas sans étonnement la magnanimité et l'inébranlable fermeté du roi Philippe, et en furent interdits et comme stupéfaits. Ils s'écrièrent dans leur admiration: Scema, Israël, c'est-à-dire écoute, Israël, et commencèrent à vendre tout leur mobilier, car le temps approchait où ils allaient être contraints à sortir de toute la France, et ils savaient que rien ne pouvait reculer le terme qui leur était prescrit par l'édit royal. Ils se mirent donc, en exécution de ce décret, à vendre leur mobilier avec une promptitude surprenante, car pour leurs propriétés foncières, elles furent toutes dévolues au domaine royal. Les Juifs, ayant donc vendu leurs effets, en emportèrent le prix pour payer les frais de leur voyage, sortirent du pays avec leurs femmes, leurs enfants et tout leur train, l'an du Seigneur 1182, au mois de juillet,nommé chez les Juifs tamuz, la troisième année du règne de Philippe Auguste. Il était entré dans sa dix-septième année le mois d'août précédent, à la fête de saint Symphorien, le 11 des calendes de septembre. Ainsi la dix-septième année du roi fut accomplie un mois après le bannissement des Juifs, c'est-à-dire dans le mois d'août, car nous avons déjà dit qu'ils avaient été expulsés en juillet. Il ne lui restait donc plus, pour avoir dix-sept ans accomplis, qu'environ quinze jours ou trois semaines.

Après l'expulsion des Juifs infidèles et leur dispersion dans tout l'univers, le roi Philippe, toujours auguste, n'oubliant pas ses frères, ni sa glorieuse entreprise, voulut la consommer plus glorieusement encore qu'il ne l'avait commencée: il était alors au commencement de sa dix-huitième année, l'an 1183 de l'Incarnation du Seigneur. En effet, il fit d'abord purifier toutes les synagogues des Juifs (c'est ainsi qu'ils appelaient leurs écoles), où ils se rassemblaient tous les jours, sous le faux prétexte d'exercer leur religion et de faire leurs prières: il en fit ensuite des églises, que l'on dédia au service de Dieu, malgré l'opposition de tous les grands, et il y fit consacrer aussi des autels en l'honneur de notre Seigneur Jésus-Christ et de la bienheureuse mère de Dieu, Marie, toujours vierge. Il pensa en effet qu'il serait beau et honorable de faire chanter par le clergé et par tout le peuple chrétien les louanges du Dieu des miracles dans ces temples où, selon le témoignage de Jérôme sur Isaïe, on blasphémait tous les jours le nom de Jésus-Christ de Nazareth. »

Rigord, la vie de Philippe Auguste

http://remacle.org/bloodwolf/historiens/rigorg/philippe.htm

 

Sources : 

https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_2002_num_57_5_280101

https://cours.unjf.fr/repository/coursefilearea/file.php/154/Cours/05_item/indexI0.htm

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1981_num_24_93_2167_t1_0085_0000_3

 

repère à suivre : le Paris de François Villon 


 

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