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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le Paris des bas-fonds

Petite traversée de Paris dans ses bas-fonds, en compagnie d'un poète extraordinaire à la fois brigand et génie, François Villon. Une description de la capitale dans une langue verte de toute beauté. Retour sur la destinée de cet homme dont le nom s'associe à Paris pour le meilleur et pour le pire...

Le PARIS DE FRANCOIS VILLON littérature, bas-fonds, pendus, ballade

 

Repères : thème de Paris : présentation

 

Dans l’article précédent, nous avons vu que Paris est devenu la capitale administrative et politique du royaume de France depuis Philippe Auguste. Découvrons aujourd’hui l’attraction que les bas-fonds de cette ville ont eue sur un poète du XVe siècle : François Villon, né à Paris en 1431. 

On connaît quelques éléments sur sa vie ; demeure obscure la date de sa mort. On sait néanmoins qu’il fait ses études à l’université de Paris et sort maître es Artsen 1452. Depuis son adolescence, il aime la poésie et compose volontiers des œuvres lyriques. Mais c’est un jeune homme qui affectionne la fête et les femmes. 

 

Les femmes

En effet, notre poète jouit pleinement de la vie, il goûte les délices de l’existence sous la forme des ripailles et des femmes. Il dédie une ballade à la grosse Margot, une prostituée. Une poésie paillarde à souhait. C’est « le poète des étudiants. »**

 

 « (…)

Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet
Plus enflée qu’ung venimeux scarbot.
Riant, m’assiet le poing sur mon sommet,
Gogo me dit, et me fiert le jambot.
Tous deux yvres, dormons comme ung sabot ;
Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
Monte sur moy, qu’el ne gaste son fruit.
Soubz elle geins ; plus qu’ung aiz me faict plat ;
De paillarder tout elle me destruict,
En ce bourdel ou tenons nostre estat.

ENVOI.

 

Vente, gresle, gelle, j’ay mon pain cuict !
Je suis paillard, la paillarde me suit.
Lequel vault mieux, chascun bien s’entresuit.
L’ung l’autre vault : c’est à mau chat mau rat.
Ordure amons, ordure nous affuyt.
Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
En ce bourdel ou tenons nostre estat.

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Grand_Testament#Ballade_de_Villon_et_de_la_grosse_Margot

 

Une autre femme loge aussi dans le cœur du poète. Et c’est Jean Teulé dans son roman, Je, François Villon, qui rapporte l’histoire. Rencontrant des brigands, le poète doit réussir une épreuve pour faire partie de la bande. Il offre celle qu’il aime à ses condisciples. « Bienvenue parmi les ignobles, cher poète… »  (Op. cit. page 200)

 

Voleur

Villon profite de son statut d’étudiant et donc de clerc* pour commettre au début diverses blagues de potaches qui vont devenir des larcins et autres crimes. En 1455, il tue un homme et doit s’enfuir de Paris. Il obtiendra une lettre de grâce de Charles VII lui permettant de revenir dans la capitale.

Le poète procède à un vol au collège de Navarre au cours de la nuit de Noël 1456. Il fuit une deuxième fois de Paris. Il finit par arriver à la cour de Charles d’Orléans où il compose de nombreuses poèmes qui plaisent au prince. Il quitte Blois pour des raisons obscures. Quelque temps plus tard, il est emprisonné à Meung-sur-Loire. Il est déchu de sa qualité de clerc. (cf. privilège de juridiction ecclésiastique)

 

Revenant à Paris, il doit amender sa conduite et le fait par sa plume. Il rédige plusieurs ballades pour montrer qu’il s’est assagi. Tout en retombant dans ses travers, il compose le Testament, son œuvre maîtresse. Il est ainsi interpelé et mis en prison à deux reprises au Châtelet. Il doit répondre de ses fautes devant la seule juridiction civile. Il est soumis à la question (torture). Il est condamné à la potence. Il rédige la célèbre ballade des pendus.

 

« Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cueurs contre nous endurciz,
Car, si pitié de nous pouvres avez,
Dieu en aura plustost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six :

Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s’en rie,
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

(…) »

https://fr.wikisource.org/wiki/Ballade_des_pendus

 

Par jugement du 5 janvier 1463, le parlement de Paris commue sa peine en dix ans de bannissement de la ville. Il réclame en vers trois jours pour partir, ce qu’il obtiendra. 

« (…)

Prince, trois jours ne vueillez m’escondire, 
Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire ;
Sans eulx, argent je n’ay, icy n’aux changes.
Court triumphant, fiat, sans me desdire ;
Mère des bons, et sœur des benoistz anges !

https://fr.wikisource.org/wiki/La_requeste_de_Villon_à_la_Cour_de_Parlement

C’est le dernier témoignage de sa présence. Il disparaîtra sans que l’on n’entende plus jamais parler de lui.

Restera son œuvre. Quelle œuvre !

 

* Personne entrant dans l’état ecclésiastique 

 

Sources :

** Je, François Villon,Jean Teulé, Julliard, et notamment page 164.

https://fr.wikisource.org/wiki/Nouvelle_Biographie_générale/VILLON_François

 

repère suivant : le Paris de la haute société

 

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