Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La métaphore de la petite fille aux grands yeux verts (Delfino)

Le thème de Paris dans la littérature offre à découvrir la métaphore de la petite fille aux yeux verts qu'Erik Satie a inventée pour évoquer la misère ainsi que le roman, les pêcheurs d'étoiles de Jean-Paul Delfino nous le montre dans son magnifique roman.

LA petite fille aux grands yeux verts, Satie, pêcheurs d'étoiles, Delfino

 

Repères : thème de Paris : étude

 

Dans l’article précédent, nous avons continué l’étude consacrée à une folle échappée parisienne entre mystères et poésie au travers de la lecture croisée de deux romans emblématiques que nous avons préalablement présentés :

  • Les dernières nuits de Paris de Philippe Soupault, publié en 1928,
  • Les pêcheurs d’étoiles de Jean-Paul Delfino, publié en 2016.

 

Nous avons abordé les promenades nocturnes, l’ambiance mystérieuse de la nuit, puis la géographie particulière, la thématique du temps et enfin Paris sous l’angle de ses rencontres improbables.

 

On a vu dans l’œuvre surréaliste de Soupault les circonstances des rencontres toujours mystérieuses, voire « miraculeuses ». Cette donnée ne se retrouve pas dans le roman de Delfino, qui, lui, fait une place importante à une curieuse petite fille aux grands yeux verts.

 

Misère

En une nuit, on a vu que Cendrars et Satie font des rencontres multiples avec le Tout-Paris de l’époque. Oui ! Mais pas seulement. Ils discutent aussi avec des Russes blancs, un allumeur de réverbères, des anciens petits rats de l’Opéra, des gitans le tout dans une ambiance virevoltante.

 

Notons qu’une petite fille aux grands yeux verts croise aussi leur route. Qui est donc cette enfant ? Comment l’ont-ils approchée ?

 

Pour répondre à ces interrogations, il faut arriver à la fin de l’échappée nocturne, au moment où Cendrars fait monter son ami à son domicile dans le 6earrondissement. Pour cela, il leur faut grimper six étages bien pénibles, chose difficile lorsqu’on sait que le musicien est au stade final de la cirrhose. Le poète fait entrer le malade chez lui, c’est-à-dire dans sa chambre de bonne. Laissons Satie livrer ses impressions : 

 

« Partout, depuis l’entrée jusqu’au plafond mansardé, des livres et des plaquettes s’empilaient dans un équilibre précaire, apparemment sans aucune classification. (…) Il nota aussi des montagnes de lettres, de papiers administratifs, de notes manuscrites, de croquis froissés, de manuscrits biffés et annotés, de bristols, le tout recouvert d’une couche de poussière d’une épaisseur remarquable se rassemblant par endroits en moutons dessinant des excroissances légères et prêtes à s’envoler au moindre souffle. »  (page 162)

 

Et la petite fille aux yeux verts ? me direz-vous. Eh bien, c’est encore Satie, l’inventeur de la métaphore, qui nous l’explique au sujet de l’expérience new-yorkaise du poète :

 

« - Vous étiez marié avec la petite fille aux grands yeux verts, voilà tout.

- Qu’est-ce que tu débloques, encore ?

- La petite fille aux grands yeux verts, c’est comme cela que je nomme ce que vous appelez, vous, la dèche. Je la connais bien, vous savez ? »  (page 168)

 

La misère est, en effet, l’amie de toujours de nos deux artistes. Ces derniers n’ont jamais le sou vaillant pour vivre de leur travail. L’argent vient et part. Il sert à être dépensé.

 

Et pourtant, ils n’en ont cure, étant tout dédiés à l’exercice de leur art. Ils connaissent tous deux les affres de la pauvreté qui se conjugue avec solitude et indifférence auxquelles s’ajoute l’humiliation qu’ils éprouvent face à leurs pairs qui, eux, ont su percer. Mystère de la création : pourquoi eux et pas moi ? 

 

Dans ces conditions, les deux hommes se comprennent parfaitement. Rappelons que les jours du musicien sont comptés. Il reste à Cendrars une chose à accomplir pour apporter un dernier bonheur à son ami. Une dernière rencontre s’impose d’elle-même, à la gare d’Austerlitz, auprès d’un cheminot.

 

Bonheur 

Satie n’a jamais quitté Paris et sa banlieue. C’est un regret. Cendrars obtient l’autorisation de placer le fauteuil de Satie dans la locomotive du Paris-Bordeaux. Le musicien profite de ce bonheur qu’il sait être le dernier. Il confie à son ami une tâche à mener à son décès. Une clé lui est remise.

 

Tout à son bonheur, le musicien s’abîme dans le défilé du paysage :

 

« Alors semblant subitement libéré d’un poids insupportable, Erik Satie se retourna vers la campagne baignée de soleil et embrassa avec un rire d’enfant le monde qui courait à sa rencontre. »  (page 193)

 

Il reste que la rencontre qui sert à l’intrigue des deux romans, c’est bien sûr la quête de la femme.

 

Repère à suivre : Paris, ville de l’amour

 

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article