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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Dévoilement du moi chez Saint Augustin

St Augustin est le premier penseur du je ; il inaugure un genre littéraire, car la subjectivité qui entre dans le champ de la littérature n'en sortira plus. Les Confessions narrent le récit d'une conversion d'un homme assoiffé d'amour. Nondum amabam et amare amabam (Je n’aimais pas encore, et j’aimais à aimer )

 

St Augustin, Botticelli, confessions, dévoilement, je, autobiographie, thème

Repères : thème de l’autobiographie : présentation

 

Penseur 

Dans l’article précédent, nous avons abordé le sommaire détaillé du mois, entrons aujourd’hui dans le vif du sujet avec une première énonciation claire et nette du « je » dans la littérature. 

 

Au IVe siècle de notre ère, on assiste à une véritable révolution de la subjectivité avec St Augustin, penseur de la chrétienté que nous avions cité dans une thématique sur le temps.

 

Sous l’Antiquité classique, le champ autobiographique était sous-jacent ; lorsqu’il était narré de manière plus évidente, il se faisait jour le plus souvent à la troisième personne du singulier. 

 

Qui était Augustin ?

Fils d’un propriétaire terrien, Augustin est né en Algérie au IVe siècle. Citoyen romain, il reçoit une éducation soignée qui lui permet d’exercer en qualité de professeur de rhétorique. Il vit dans une période troublée appelée l’antiquité tardive* : l’Empire romain, scindé en deux, voit Rome devenir « le premier état totalitaire de type moderne », lequel est attaqué de toutes parts par les barbares venus des zones périphériques. Les Wisigoths finiront par piller Rome en 410. Devant tant d’incertitudes, la question religieuse est prépondérante dans l’Empire. Augustin évolue dans un monde où le Dieu des chrétiens cohabite avec les dieux romains.

 

Dans ce contexte, Augustin se convertit à la religion chrétienne à 32 ans, devient prêtre puis évêque d’Hippone en Algérie. Écrivain, il rédige de nombreux textes destinés à lutter contre les diverses hérésies religieuses de son époque. Le contexte de rédaction des Confessions (397-401)s’inscrit dans le cadre d’un dévoilement d’un sujet.

 

Dévoilement du « je »

Découvrons l’auteur dans l’énonciation de son parcours personnel, philosophique et surtout spirituel au travers de treize livres que comporte l’œuvre. La forme du récit s’effectue sous forme d’une interpellation de Dieu. Il parle à la première personne du singulier. On doit comprendre le terme « confession »dans le sens chrétien du terme, c’est-à-dire d’une reconnaissance de fautes en vue de l’obtention du pardon. Il s’agit d’une authentique démarche d’un pénitent qui cherche à éclairer lui-même et à instruire autrui sur son parcours de vie.

 

On assiste ainsi à un face à face, ou plutôt à un cœur à cœur de l’homme vers Dieu. Rien de lui ne nous est caché : ses errements, ses fautes, ses joies et ses pleurs. Le moi intime livre ainsi sa vie qu’elle soit publique et privée. Il inaugure donc le genre autobiographique en nous parlant de ce qui est la trame de son livre, de sa quête d’amour.

 

Nondum amabam et amare amabam… (Je n’aimais pas encore, et j’aimais à aimer )

Cette formule latine laissée à la postérité par St Augustin témoigne d’un cri poignant d’un homme qui se cherche au travers de la vacuité des plaisirs du monde. La vitalité du personnage transparaît à la lecture de ce passage où les souffrances de l’amour sont clairement évoquées notamment la soif de possession, la jalousie et surtout le grand vide de sa vie. Nous lirons ce texte en reprenant la méthode  des GROSSES CLEFS ©.

 

CHAPITRE PREMIER.

amours impurs.

1. Je vins à Carthage, où bientôt jentendis bouillir autour de moi la chaudière des sales amours. Je n’aimais pas encore, et j’aimais à aimer ; et par une indigence secrète, je m’en voulais de n’être pas encore assez indigent. Je cherchais un objet à mon amour, aimant à aimer ; et je haïssais ma sécurité, ma voie exempte de pièges. Mon cœur défaillaitvide de la nourriture intérieure, de vous-même, mon Dieu ; et ce n’était pas de cette faim-là que je me sentais affamé ; je n’avais pas l’appétit des aliments incorruptibles : non que j’en fusse rassasié je n’étais dégoûté que par inanition.Et mon âme était mal portante et couverte de plaies, et se jetant misérablement hors d’elle-même, elle mendiait ces vifs attouchements qui devaient envenimer son ulcère. C’est la vie que l’on aime dans les créatures aimées, être aimé m’était encore plus doux, quand la personne aimante se donnait toute à moi.

Je souillais donc la source de l’amitié des ordures de la concupiscence ; je couvrais sa sérénité du nuage infernal de la débauche. Hideux et infâme, dans la plénitude de ma vanité, je prétendais encore à l’urbanité élégante. Et je tombai dans l’amour où je désirais être pris, ô mon Dieu, ô ma miséricorde, de quelle amertume votre bonté a assaisonné ce miel ! Je fus aimé, j’en vins aux liens secrets de la jouissance, et, joyeux, je m’enlaçais dans un réseau d’angoisses, pour êtrebientôt livré aux verges de fer brûlantes de la jalousie, des soupçons, des craintes, des colères et des querelles. »

 

 Les confessions, St Augustin, livre III, chapitre 1

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Confessions_(Augustin)/Livre_troisième

 

 

Validation des critères

En l’espèce, nous retrouvons bien les critères du genre établis par Philippe Lejeune et évoqués dans un article précédent : il s’agit ainsi d’un récit au passé, totalement rétrospectif avec les allers et retours sur le temps contemporain de la fixation du discours. On découvre aussi la triple identité entre l’auteur, le personnage et le narrateur. Par ailleurs, il est question d’un autoportrait moral tressé dans le cadre d’une vie sociale et amoureuse.

 

Reprenant nos 6 grosses clefs pour ouvrir un texte (cf. code couleurs), nous nous arrêterons sur les principaux éléments du style de l’auteur. Nous verrons l’emploi du je, indispensable pour notre démonstration. Il comprend moult figures de style (personnification, métaphores, oxymores, répétitions…). Le champ lexical qui est convoqué est celui de la maladie et de la nourriture.Il s’agit d’un texte qui appartient au genre didactique puisqu’au travers de sa vie, il prêche la gloire de Dieu.

Notons enfin que c’est un texte d’une richesse suprême qui n’a cessé de bouleverser les lecteurs, dont un en particulier, le poète François Pétrarque…

 

Sources : 

* Henri-Irénée Marrou, Décadence romaine ou antiquité tardive ? Point Seuil Histoire

**l'autobiographie, genre littéraire ? Marcel de Grève, dans Revue de littérature comparée 2008/1 (n° 325), 


Repère à suivre : le secret de Pétrarque

 

 

 

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