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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le dédoublement du narrateur et les nombreuses oppositions (Le Lambeau, Lançon)

Dans le lambeau, Philippe Lançon narre le dédoublement du moi, entre celui qu'il a été et celui qu'il est devenu au travers d'une époque de reconstruction de son corps qui abolit le temps passé. Il se livre à de savantes oppositions illustrant son état d'esprit...

Le Lambeau, Lançon, dédoublement, du narrateur, et oppositions, autobiographie, je, dialectique

 Repères : thème de l’autobiographie : étude

 

Dans l’article précédent, il a été question des nombreuses souffrances ressenties par Philippe Lançon dans son livre, le lambeau.

 

Nous verrons aujourd’hui que tout le récit met en scène un dédoublement du narrateur, celui d’avant le 7 janvier et celui après cette date. En réalité, les oppositions dépassent cette date symbolique. Nous assistons ainsi à de multiples dédoublements que nous allons mettre à jour. On mesure l’obsession de l’auteur dans la recherche de ces dichotomies qui servent de fondement à une quête de sens. Au travers d’un événement violent et injuste,  il tente de redéfinir celui qu’il est désormais par l’intermédiaire de celui qu’il n’est plus.

 

Dialogue entre deux « je »

Devant l’effroi, le narrateur discute entre deux parties de lui-même. On assiste à un véritable dédoublement du moi. La première dichotomie s’effectue entre celui qui est « vivant » et « le demi-mort » (page 83) au passage des frères Kouachi. On a une autre variante, celui qui était encore et celui qui n’est plus : « nous étions deux, lui et moi, lui sous moi, plus exactement, moi lévitant par-dessus, lui s’adressant à moi par-dessous en disant nous. »  (page 84) 

 

Dialectique

Cette opposition ne doit rien au hasard. De l’aveu du narrateur, cette tendance est survenue à la suite de l’attentat. Il oppose toujours deux sens. Penser une chose et son contraire. Il s’agit d’une nouvelle perception des choses que le séjour hospitalier a amplifiée (page 134). Découvrons ces nombreuses oppositions qui fourmillent dans ce récit.

 

Oppositions avant/après

Durant le transport à l’hôpital, le narrateur oppose le « blessé de guerre » et « le bon citoyen Lançon » qui s’inquiète de sa carte vitale (page 110). Durant son séjour à l’hôpital, il tiendra à reprendre son métier, ce qui mettra en opposition le journaliste et le blessé (page 205). Dans sa relation avec le chirurgien, il sera cette fois le patient et l’élève (page 243). C’est bien une séparation entre sa vie d’avant et celle qui s’annonce à lui. Il prend du recul par rapport à celui dont il habite le corps : 

« ils (les souvenirs) appartenaient à cet homme qui brusquement s’était détaché de moi. J’étais devenu le produit d’une soustraction. J’étais devenu un réceptacle. » (page 308)

 

Dans sa relation avec sa compagne, le récit oppose l’amoureux et le patient égoïste (page 353). Cette dichotomie donnera lieu à bien des disputes dans le couple qui n’est plus en phase. Au chapitre 18 dans le centre de rééducation des Invalides, on assiste à la distinction entre monsieur Lançon et monsieur Tarbes, pseudonyme choisi pour des raisons de sécurité. On verra aussi le duo patient/meilleur ennemi (page 437) lorsque l’impatience gagnera le malade. Le 13 novembre 2015 fera de lui, le rescapé de Charli Hebdo, un ancien combattant dans l’horreur absolue.  

 

On évoquera pour finir l’opposition entre l’écrivain et le patient (page 444), ce qui nous permettra d’évoquer le statut de l’écriture dans un tel récit.

 

Repère à suivre : statut de l’écriture

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