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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L’ouverture du lieu par le contexte politique et social (Bassani)

Si le jardin est un lieu clos et réservé, il est soumis à des brèches, Dans le roman de Bassani, le jardin des Finzi-Contini, ce sont les événements extérieurs qui vont conduire le narrateur à pénétrer dans ce lieu enchanteur.

 

Deux brèches dans le jardin des Finzi Contini

 

repères : thème du jardin : l’étude

 

Dans l’article précédent, nous avons vu que dans les deux romans, objets de notre étude que les propriétaires condamnent l’entrée de leur jardin au commun des mortels. C’est précisément cette inaccessibilité qui confère à ces endroits ce lustre incomparable.

Nous verrons aujourd’hui que dans le jardin des Finzi-Contini de Bassini, c’est le contexte de l’action qui conduit à l’ouverture du parc. La situation aurait pu perdurer si deux évènements n’avaient pas vu le jour. L’ouverture du lieu clos se fait sur une période de dix ans. 

 

Première brèche 

C’est à la faveur d’un gros chagrin que le narrateur perce une première brèche dans l’univers clos des Finzi-Contini. Montée sur une échelle adossée sur l’enceinte intérieure du parc, la douce Micòl âgée de treize ans le console de ses déboires scolaires. C’est la première fois qu’elle lui adresse la parole. Il ne l’oubliera jamais : 

 

« Combien d’années s’est-il écoulé depuis ce lointain après-midi de juin ? Plus de trente ans. Pourtant, si je ferme les yeux, Micòl Finzi-Contini est toujours là, accoudée au mur d’enceinte de son jardin, me regardant et me parlant. En 1929, elle n’était guère plus qu’une enfant, une fillette de treize ans maigre et blonde avec de grands yeux clairs, magnétiques. Et moi j’étais un jeune garçon en culotte courte, très bourgeois et très vaniteux qu’un petit ennui scolaire suffisait à jeter dans le désespoir le plus puéril. Nous nous regardions fixement l’un l’autre. Au-dessus d’elle, le ciel était bleu et compact, un ciel chaud et déjà estival, sans le moindre nuage. Rien ne pourrait le changer, ce ciel, et rien, effectivement, ne l’a changé, du moins dans le souvenir.» (page 68)

 

Cette rencontre ne fera qu’attiser l’envie du narrateur de pénétrer dans ce jardin qui lui restera interdit encore dix ans.

 

Lois raciales 

Il faudra un second évènement pour que son souhait se réalise. Et pourtant on est loin du rêve, on se rapproche plutôt des accidents de l’histoire qui font peser un joug funeste. En 1938, des lois raciales ont édicté des discriminations à l’égard des juifs. Les Finzi-Contini n’échappent pas à la règle comme la famille du narrateur touchée de manière implacable. Les juifs sont renvoyés de la sphère publique et notamment de la plupart des lieux de sociabilité.

 

C’est à la faveur de l’interdiction du club de tennis de Ferrare que les Finzi-Contini choisissent paradoxalement le moment d’ouvrir leurs portes. C’est l’occasion pour le narrateur de découvrir enfin le jardin et ses occupants ; dans cette communauté réduite à un nombre de partenaires de tennis, on dispute des parties endiablées, on parle de politique, on se socialise. C’est évidemment une expérience nouvelle pour les Finzi-Contini. Le narrateur tombe, lui,  rapidement amoureux de Micòl.

Ils s’élancent tous deux dans des recoins du parc pour y faire des « pèlerinages »  (page 145).

 

La romance s’inscrit alors dans chaque partie du parc d’autant qu’ils goûtent ensemble à la poésie. Ils évoquent notamment « le paradis vert des amours enfantines » cher à Baudelaire. À cette occasion, ils se souviennent de leur première rencontre. On rit, on se moque. Le narrateur éprouve ses premiers émois ; cependant, il n’ose pas déclarer ouvertement sa flamme à la jeune fille qu’il idéalise. Elle lui parait inaccessible à l’image de ce jardin qui lui est resté si longtemps interdit. Quelque chose de mystérieux l’enveloppe ; sa manière de parler sans doute : le « finzi-continien »* ; en toute hypothèse, il a le sentiment que cela en dit long sur son état d’esprit. Il l’écoute en la dévorant du regard :

 

« Regarde plutôt là-bas la périssoire**, et admire, je t’en prie, avec quelle honnêteté, avec quelle dignité et avec quel courage moral elle a su tirer de sa totale perte de fonction les conséquences qu’elle devait en tirer. Les choses, elles aussi, meurent, mon cher. Et alors, puisqu’elles aussi doivent mourir, eh bien, mieux vaut les laisser mourir. De plus, cela a beaucoup plus de style, tu ne crois pas ? » (page 154)

 

On sent néanmoins un présage funeste dans cette contemplation de son monde appelé à sombrer …

 

 

* page 65

**canot

 

Repère à suivre : l’entrée au paradis (Bosco)

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