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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le temps de l'impatience (Morand)

Le thème du temps dans la littérature nous conduit à l'étude de L'homme pressé de Paul Morand qui met l'accent sur le rapport de l'homme au temps, source d'impatience.

 

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Repères : thème du temps : l'étude

Etude

Le temps est une représentation mentale de la durée qui est appréhendée de manière classique par la notion d'instants se succédant pour donner le passé, le présent et le futur.

Il va de soi que tous ces éléments sont évidemment primordiaux dans la construction d'une œuvre de l'esprit. Mais le temps façonne profondément la littérature selon le genre littéraire choisi.

Dépassant les contraintes purement grammaticales, certains auteurs associent à ce thème des problématiques originales.

Deux livres importants vous seront proposés ce mois-ci :

Ces ouvrages traitent de manière distincte du rapport de l'homme au temps, source de vertiges pour le premier et d'impatience pour le second.

Nous avons dans l'article précédent étudié le Temps retrouvé, nous poursuivrons aujourd'hui avec la seconde œuvre, si vous le voulez bien.

Impatience

Antiquaire de renommée internationale durant la période d'entre les deux guerres à Paris, Pierre, homme brusque et déconcertant, vit à un rythme soutenu, en perpétuel mouvement : « L'homme détournait sans cesse la tête, comme poursuivi ; à deux reprises il regarda si sa montre avait du nouveau à lui conter. A peine eut-il passé plus d'une ou deux minutes sur sa chaise qu'il frappa à nouveau dans ses mains, bouscula le vieux garçon qui traînait la jambe, insista pour avoir à boire. » (page 10)

Il organise sa vie de manière à économiser du temps en effectuant deux actions de manière simultanée, en courant plutôt qu'en marchant, en roulant en voiture à vive allure en dépit du danger, en préférant le plat du jour au menu, en demandant l'addition dès le dessert...

En un mot, Pierre fait preuve d'une impatience caractérisée dans son quotidien. Cette incapacité à se contenir lui fait prendre en aversion les moindres retards de ses rares amis et la lenteur affligeante de ses contemporains. Loin de vouloir s'en corriger, Pierre se plaint amèrement de passer sa vie à attendre (page 13).

Amour

Mais quel mal ronge cet homme pressé ?

La fuite du temps explique-t-elle qu'il vive avec tant d'impétuosité ? En aucun cas...

Pierre ne vit pas dans le passé dont il ne conserve guère de souvenirs, ni même dans le présent car il est incapable de goûter les joies de l'instant ; il n'évolue que dans le futur

« Le chat ronronne le présent. Le chat est toujours dans aujourd'hui et Pierre était toujours dans le lendemain. » (page 71).

Cette originalité certaine fait indéniablement son charme ; il réussira à conquérir le cœur d'une femme appartenant à une famille antillaise particulièrement nonchalante.

Les nécessités de la vie commune vont néanmoins lui faire prendre conscience d'accorder sa propre conception du temps avec celle de sa femme : il va ainsi expérimenter pour la première fois de sa vie la patience :

« Si elle allait trop lentement pour son pas, il l'attendrait ; s'il réussissait à l'entraîner, à la presser sans la bousculer, il l'exhausserait jusqu'à son rythme, mais par degrés. » (page 179).

 Mort

Cette patience est toute relative puisqu'il propose de l'attirer inexorablement dans sa propre échelle du temps...

Mais ce projet conforme à la nature profonde de l'impatient tournera court ;

Pierre s'épuise, se consume petit à petit avant de se rendre compte trop tard que sa hâte le précipite trop vite vers l'inéluctable... « L'homme pressé était arrivé au pied de l'éternité.  » (page 332)

Repère à suivre: La synthèse 

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