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Publié par Litteratus

Le vertige d’une vie

Repères : thème de la vieillesse : le bac expliqué à ma fille ( feuilleton)

Il a été indiqué dans l’article précédent que Zita Leroux réfléchit à une problématique précise sur le thème de la vieillesse et sa représentation dans le cadre de son épreuve d’art du baccalauréat. La jeune fille mûre et sensible se souvient du peintre Teresa BALAZS, personnage hors du commun, sa grand-mère….

***

Zita ne connaissait pas le travail de sa grand-mère malgré le fait qu’elle ait toujours aimé dessiner. Sa sensibilité artistique semblait toujours à fleur de peau. Elle n’avait jamais percé l’œuvre de sa grand-mère pour la simple raison qu’on ne lui avait pas donné les clefs. Celui qui les détenait les gardait jalousement pour lui. János, son père, possédait ainsi la grille de lecture des toiles de sa mère. Taiseux sur le sujet, il s’était borné à exposer une partie de ses toiles partout dans la maison. Jamais il ne les regardait, jamais il ne les lui avait expliquées. La jeune fille avait toujours su que dans un large coffre en bois peint, étaient rangés des dessins et des esquisses de Teresa. Mais ce meuble ayant appartenu au peintre n’était jamais ouvert. Loin d’être oublié, il était au contraire régulièrement entretenu avec soin. Il s’agissait d’un large coffre à l’ancienne aux motifs floraux d’une contenance impressionnante, plongeante même. Toute une existence artistique entreposée là. Le vertige d’une vie…

 

Un fragment incandescent

Si Zita avait toujours su que ce mobilier avait appartenu à sa grand-mère, elle n’avait jamais osé l’ouvrir. Comme toute personne sensible, la jeune fille avait compris, sans qu’on ne lui dise, le chagrin incommensurable de son père. Elle s’était interdit dès lors tout questionnement forcément douloureux. Adorable générosité de l’enfance ! La petite fille avait grandi en intégrant naturellement la présence des toiles de la maison. Au fil du temps, les œuvres de Teresa BALAZS avaient fait partie de son cadre de vie. On croit finir par oublier ce qui nous entoure ; en réalité, il en reste toujours un fragment incandescent en nous.

Or, une étincelle venait précisément de jaillir dans le cœur de la jeune fille, treize ans après la disparition de sa grand-mère, celle avec qui elle aimait barbouiller des feuilles blanches. Teresa, une grand-mère qui riait toujours sauf lorsqu’on cherchait à brimer les ardeurs de l’artiste en herbe, sa Zita. Teresa, une femme âgée de quatre-vingts ans, retrouvée morte dans son atelier, les tubes de peinture en main. La seule mort digne d’une artiste exceptionnelle. Et pourtant une œuvre tombée dans l’oubli…

 Une intuition fulgurante se fit jour chez Zita. Pour la première fois de sa vie, il lui venait le désir ardent de convoquer dans sa vie le travail du peintre, au travers de cette épreuve du baccalauréat. Elle savait que pour ce faire elle devrait lever des résistances. Avec intelligence, elle réfléchit  cependant à la manière de présenter les choses à son père. Il avait tant besoin de douceur. Elle lui exposa l’idée de mettre à distance les liens de parenté pour effectuer un travail de recherche de qualité. Elle proposa ainsi un regard artistiquement "neutre" sur une œuvre. Rien de personnel ; pas d’évocation de souvenirs. En parlant ainsi, elle ignorait qu’elle protégeait encore son géniteur de ses affects. Mais ce qui importait était que la fille dise pour la première fois aussi qu’elle ne voulait plus pâtir du silence. Ce mutisme empreint de souffrance avait eu son temps. Teresa BALAZS devait revivre….

 

Repères à suivre : le feuilleton (3) : la tentation de la peinture (3)

Un fragment incandescent en soi (2)

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