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Gazette littéraire

Lorsque les artistes s’attirent….

Une rencontre décisive

Repères : thème de la vieillesse : le bac expliqué à ma fille (feuilleton)

Il a été indiqué dans l’article précédent que Zita Leroux réfléchit à une problématique précise sur le thème de la vieillesse et sa représentation dans le cadre de son épreuve d’art du baccalauréat. La jeune fille mûre et sensible se souvient du peintre Teresa BALAZS, personnage hors du commun, sa grand-mère. La jeune fille a convaincu son père d’ouvrir les archives familiales enfouies dans un grand coffre. Elle découvre ainsi le cheminement de l’artiste au vu des pièces qu’elle examine méticuleusement. Teresa BALAZS connaît ses premiers succès qui sont aussi vifs que brefs du fait de l’occupation allemande qui coupe net sa progression. Les lois sur le statut des juifs lui font perdre la nationalité française acquise par naturalisation ; elle est contrainte de disparaître du paysage comme tous les membres de l’école de Paris dissoute par la force des choses. Une autre vie s’offre malgré elle à Teresa BALAZS qui n’a que vingt ans.

***

Zita continua son travail d’archiviste ; l’émotion la saisissait à chaque découverte.  Elle s’étonna ainsi du changement de style de peinture de son aïeule. Là où ses œuvres parisiennes faisaient montre d’abstraction et de couleurs vives encore fauve, la plupart de ses dessins et de ses peintures réalisés pendant l’occupation étaient revenus à un réalisme douloureux monochrome. Quelques œuvres à l'huile. Le coffre offrit à la vue de Zita les correspondances qu’elle reçut dans lesquelles on lui refusait de l’aide et notamment financière. La jeune élève vit que le père et la fille -aux abois- avaient dû se séparer dès 1942.Trop dangereux de se cacher à deux. C’est ainsi que Teresa finit par le biais d’un réseau médical par échouer dans un asile d’aliénés, à Montdevergues, dans le Var, où nul ne pensa à venir la chercher. Il faut dire qu’à cette époque, le sort réservé aux handicapés était bien le cadet des soucis des autorités en place. Il leur suffisait de les affamer en restreignant les capacités de l’établissement à se ravitailler. Des bouches inutiles par temps de guerre !

Le spectacle de la vieillesse

Teresa fut employée comme fille de salle lorsqu’elle ne prêtait pas main forte dans le potager pour y extraire une maigre subsistance. Dures circonstances imposant que ses belles mains soient employées à des tâches ingrates ! Lorsque la nécessité fait loi ! Il s’avère qu’en regardant bien, Zita vit que son aïeule trouva dans son nouvel environnement de quoi nourrir son âme d’artiste. Elle retrouva à cet égard des esquisses nombreuses tournant autour du même thème : la vieillesse. Que trouvait donc le peintre dans ce spectacle de la décrépitude ? se demanda sa petite-fille. Elle chercha la réponse.

Il lui suffisait de reprendre sa production pour voir sous ses traits la délicatesse d’une ride, l’éclat d’une main rabougrie, d’une moue absente, d’un retour en enfance. En examinant les œuvres, Zita constata qu’une même vieille femme revenait continuellement dans son travail. Elle regarda avec plus d’attention : le regard vide, assise sur une chaise avec son petit manteau élimé et son chapeau de côté laissant échapper quelques mèches blanchies par le temps, une même physionomie résignée : il s’agissait de Camille Claudel. La jeune élève se souvint des photographies qui représentaient l’artiste à l’asile ainsi. Scandale de la vieillesse surtout lorsqu’elle rime avec délaissement ! Mais elle revint à son sujet. Comment Teresa avait-elle pu côtoyer Camille Claudel ! Elle parcourut le journal de l’aïeule. Rien n’était indiqué ! Le hasard à moins que vraiment les artistes s’attirent…le mystère des rencontres.

En l’occurrence, il fallut bien de l’intuition à Teresa car rien ne rappelait en cette femme abandonnée l’éclat d’une sculptrice vivant dans l’ombre de Rodin. Il faut dire que cette dernière avait passé trente ans dans un asile, oubliée du reste du monde. Clamant en vain son retour à la vie, elle refusa toujours de reprendre la sculpture. L’art va de pair avec la liberté.

C’est en 1943 que la vieille femme mourut de faim comme près de la moitié des malades. Dans son journal, on put lire que Teresa en éprouva un chagrin incommensurable, une colère noire. Comment l’exprimer lorsqu’on est soi-même en sursis ?  Pour l’heure, il s‘agissait en effet pour l’aïeule de survivre : elle ne devait de respirer dans cet établissement sordide qu’à la faveur de l’indulgence de l’adjoint du directeur qui faisait ce qu’il pouvait avec les moyens quasi nuls en ses mains. Une vie était entre ses mains….

 

 

Repères à suivre : le feuilleton 5 : la redécouverte d’une œuvre

Camille Claudel,

Camille Claudel,

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